Le bonus-malus écologique ou éco-bonus ou malus est une méthode fiscale de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre visant à orienter la consommation vers l'achat de véhicules moins émetteurs par l'octroi d'un bonus et, inversement, à taxer l'achat des véhicules fortement émetteurs de CO2.
Le bonus-malus est l'une des premières mesures fortes prises à l'issue du Grenelle de l'environnement d'octobre 2007, et qui s'inscrit dans l'objectif de l'Union européenne d'atteindre un parc de véhicules d'émission moyenne de 130 g de CO2 par kilomètre en 2015 et 95 g de CO2 par kilomètre en 2020[1]. Le dispositif du bonus-malus, initialement intitulé « écopastille », a été créé par la loi de finances rectificative pour 2007 et précisé par un décret du , entrée en vigueur le [2]. Les seuils choisis devaient rendre la mesure neutre pour le budget de l'État, et être revus à la baisse tous les deux ans afin de faire progresser l'industrie automobile.
Le projet de loi de finances pour 2020 prévoit deux barèmes : le premier, applicable au , reste sur la base de l'ancien cycle NEDC « corrélé », avec un seuil de déclenchement du malus abaissé à 110 gCO2/km (contre 117 gCO2/km en 2018) ; le deuxième barème, au 1er mars[3], met en place le nouveau cycle WLTP, avec un seuil de déclenchement du malus à 138 gCO2/km[4].
Le mécanisme incitatif du bonus-malus a trois objectifs[5] :
L’écotaxe applicable aux voitures particulières les plus polluantes (malus) doit permettre le financement de l’aide à l’acquisition des véhicules propres (bonus).
La taxe est assise :
En contrepartie, le bonus écologique récompense financièrement les personnes qui acquièrent ou louent sous conditions un véhicule neuf émettant une quantité limitée de dioxyde de carbone (CO2) par kilomètre.
En 2008, les véhicules émettant moins de 130 g de CO2 [6]par kilomètre bénéficiaient d'un bonus à l'achat, variant de 200 euros à 1 000 euros. Entre 131 et 160 g/km, il n'y avait ni bonus ni malus. Au-delà, un malus s'appliquait, qui variait de 200 euros à 1 600 euros.
Le barème a été progressivement durci depuis : en 2016, seuls les véhicules non Diesel et émettant moins de 60 g de CO2 par kilomètre (et certains véhicules hybrides électriques) bénéficient d'un bonus, tandis que le malus s'applique à partir de 131 g/km[7]. Pour les véhicules n'ayant pas fait l'objet d'une réception communautaire, la taxe est calculée sur la base de la puissance fiscale du véhicule. Le prélèvement de la taxe est réalisé par les concessionnaires.
En , France Stratégie publie une note d'analyse qui préconise de créer un système de bonus-malus en fonction du poids des voitures afin d'enrayer l’engouement des automobilistes pour les SUV, limiter la production de « tanks » électriques et la course aux batteries de très grandes capacités. Selon ce rapport, la politique de seuils d’émissions imposés par l’Union européenne aux constructeurs serait « un échec » car elle n'a pas empêché la hausse continue des émissions de CO2 du secteur des transports en Europe : +28 % entre 1990 et 2017. Pour enrayer cette augmentation, limiter les rejets à l’échappement ne suffirait pas. De plus, si les rejets de CO2 ont diminué de 30 % entre 2001 et 2017 d’après les tests d’homologation en laboratoire, ils n’auraient baissé que de 10 % en conditions de conduite réelles. Un bonus-malus en fonction du poids des voitures, calqué sur celui déjà en vigueur en Norvège, permettrait de prendre en compte les émissions de CO2 dues à la fabrication des voitures. La note prône aussi l’utilisation de voitures électriques équipées de petites batteries, telles que l'ancienne Renault Zoé 22 kWh. De tels véhicules permettent de couvrir la grande majorité des trajets du quotidien et pourraient donc remplacer la seconde voiture, souvent d’occasion, que possèdent 30 % des ménages français[8].
En , France Stratégie précise sa position en proposant un barème : une voiture à partir de 1 300 kg recevra un malus, qui augmentera de 5 €/kg jusqu’à 1 500 kg. À partir de 1 500 kg, le kg vaut 10 €, 20 € au-dessus de 1 700 kg, jusqu’à 5 000 € maximum à 1 800 kg. À l’opposé, sous 1 200 kg un bonus proportionnel s’applique jusqu’à 5 000 € à 700 kg ; les voitures électriques seraient exemptées jusqu’à 2 000 kg ; le projet inclut également une minoration pour familles nombreuses de 200 kg[9].
En décembre 2019, le gouvernement annonce le déplafonnement partiel du malus : le malus continuera désormais à augmenter au-delà du seuil antérieur de 12 500 € pour un niveau d'émission de 172 g de CO2 par kilomètre, jusqu'à 20 000 € pour 184 g ; environ 10 000 à 15 000 ventes annuelles seraient concernées, soit moins de 1 % du marché automobile français[10].
Le nouveau malus écologique mis en place pour l'année 2020 est en réalité composé de deux grilles distinctes. La première basée sur le mode de calcul des rejets de CO2 actuel, et valide du au . Depuis le [3] du fait de l'entrée en vigueur de la norme WLTP, bien plus sévère, une nouvelle grille est mise en place.
En septembre 2020, le ministre de l'Économie Bruno Le Maire rejette la proposition issue de la Convention citoyenne pour le climat de taxer les voitures en fonction de leur poids, déclarant : « Dans le contexte économique actuel, je ne veux aucune augmentation d'impôt et je veux protéger les emplois industriels, les usines et le pouvoir d'achat des Français ». La taxe sur la masse des voitures pourrait cependant figurer dans le projet de loi « climat » en préparation au ministère de la Transition écologique, qui doit reprendre des suggestions de la Convention citoyenne[11].
A la mi-octobre 2020, le gouvernement décide finalement de déposer un amendement gouvernemental au projet de loi de finances pour 2021 instaurant un malus automobile en fonction du poids du véhicule. Cependant, alors que la Convention citoyenne pour le climat préconisait la création d'une taxe au poids à 10 € par kilo au-delà de 1 400 kg, le premier ministre Jean Castex a tranché pour un compromis : le seuil retenu est une taxation pour les véhicules de plus de 1 800 kg ; des exonérations sont également prévues pour les véhicules électriques et hydrogène et des ajustements seraient mises en place pour les hybrides et les familles nombreuses[12].
Dès juillet 2021, alors que le marché du véhicule électrique ou hybride prend de l'essor, le bonus est réduit de 1 000 €. Il passe ainsi de 7 000 à 6 000 € pour un véhicule électrique, et à 1 000 € pour un véhicule hybride rechargeable.[13]
Les seuils d'émissions de CO2 donnant lieu début 2014 à un bonus ou à un malus sont résumés dans le tableau suivant :
| Bonus / Malus | Taux d'émissions de CO2 : x (exprimé en g/km) | ||||||||||
| 2008 / 2009[14],[15] | 2010[16],[17] | 2011[18],[19] | [20],[21] | ||||||||
| [22],[23] |
[24] |
[25] |
2014[26] | 2015[27] | 2018 | ||||||
| Bonus | 7 000 € | x ≤ 20 | |||||||||
| 6 300 € | x ≤ 20 | ||||||||||
| 5 000 € | x ≤ 60 | x ≤ 50 | x ≤ 50 | ||||||||
| 4 500 € | x ≤ 60 | ||||||||||
| 4 000 € | 20 < x ≤ 60 | ||||||||||
| 3 500 € | x ≤ 60 | ||||||||||
| 1 000 € | x ≤ 100 | x ≤ 95 | |||||||||
| 800 € | x ≤ 90 | ||||||||||
| 700 € | x ≤ 120 | ||||||||||
| 550 € | x ≤ 90 | ||||||||||
| 400 € | x ≤ 115 | x ≤ 110 | x ≤ 90 | ||||||||
| 200 € | x ≤ 130 | x ≤ 105 | |||||||||
| 150 € | x ≤ 90 | ||||||||||
| 100 € | x ≤ 125 | x ≤ 105 | |||||||||
| Neutre | 0 € | 130 < x ≤ 160 | 125 < x ≤ 155 | 110 < x ≤ 150 | 105 < x ≤ 140 | 105 < x ≤ 135 | 90 < x ≤ 130 | 61 < x ≤ 130 | |||
| Malus | |||||||||||
| 100 € | x > 135 | ||||||||||
| 150 € | x > 130 | 131 < x ≤ 135 | |||||||||
| 200 € | x > 160 | x > 155 | x > 150 | x > 140 | |||||||
| 250 € | x > 135 | 136 < x ≤ 140 | |||||||||
| 300 € | x > 140 | ||||||||||
| 400 € | x > 145 | ||||||||||
| 500 € | x > 150 | x > 140 | 141 < x ≤ 145 | ||||||||
| 750 € | x > 165 | x > 160 | x > 155 | ||||||||
| 900 € | x > 145 | 146 < x ≤ 150 | |||||||||
| 1 000 € | x > 150 | ||||||||||
| 1 300 € | x > 180 | ||||||||||
| 1 500 € | x > 155 | ||||||||||
| 1 600 € | x > 200 | x > 195 | x > 190 | x > 150 | 151 < x ≤ 155 | ||||||
| 2 000 € | x > 175 | ||||||||||
| 2 200 € | x > 155 | 156 < x ≤ 175 | |||||||||
| 2 300 € | x > 190 | ||||||||||
| 2 600 € | x > 250 | x > 245 | x > 240 | x > 180 | |||||||
| 3 000 € | x > 185 | x > 175 | 176 < x ≤ 180 | >154 | |||||||
| 3 600 € | x > 230 | x > 180 | 181 < x ≤ 185 | 158 | |||||||
| 4 000 € | x > 185 | 186 < x ≤ 190 | 160 | ||||||||
| 5 000 € | x > 190 | 165 | |||||||||
| 6 500 € | x > 190 | 191 < x ≤ 200 | 171 | ||||||||
| 8 000 € | x > 200 | 177 | |||||||||
| 9050 | 180 | ||||||||||
| 9660 | 181 | ||||||||||
| 9973 | 182 | ||||||||||
| 10500 | >185 | ||||||||||
L'écotaxe (malus) est perçue lors des opérations donnant lieu à la délivrance d'une première carte grise en France, à savoir les immatriculations de véhicules particuliers neufs acquis en France ou à l'étranger à compter du ou les immatriculations de véhicules particuliers d'occasion importés, acquis et immatriculés à compter du .
Pour les véhicules de la catégorie M1 (voitures particulières) dont le taux d'émission de (CO2) est nul ou inférieur à 60 grammes, l'aide accordée ne peut pas excéder 20 % du coût d'acquisition du véhicule[28].
Pour les véhicules flexfuel, une disposition d'abattement a été adoptée par les députés au sujet des véhicules fonctionnant au superéthanol E85. Ils bénéficient désormais à partir de d'un abattement de 40 % sur les taux d'émissions de dioxyde (CO2). Toutefois, cet abattement ne s'appliquera pas aux véhicules dont les émissions sont supérieures à 250 g/km.
Par ailleurs, depuis le , il existe un « super bonus » pour les acquéreurs d'une véhicule neuf donnant droit à un bonus qui se séparent d'un véhicule vieux d'au moins 15 ans. Le montant de ce bonus additionnel est de 200 €. Depuis 2012, ce super-bonus a augmenté et a atteint le seuil de 2500 euros.[29]
De 2008 à 2010, les véhicules GPL, GNV et hybrides bénéficiaient d'un bonus particulier s'ils émettaient moins d'un certain taux. À partir de 2011 jusqu'à fin 2017[30], seuls les véhicules hybrides bénéficiaient de ce bonus. Cette aide spécifique n'était pas cumulable avec les aides décrites dans le cas général ci-dessus.
| Bonus | Taux d'émissions de CO2 : x (exprimé en g/km) | |||||
| 2008/2009 | 2010 | 2011 | 2012 Janvier-Juillet | Août 2012 - Octobre 2013 | - fin 2017 | |
| véhicules GPL, GNV ou hybrides | véhicules hybrides | |||||
| 4 000 € | x ≤ 110 | |||||
| 3 300 € | x ≤ 110 | |||||
| 2 000 € | x ≤ 140 | x ≤ 135 | x ≤ 110 | x ≤ 105 | ||
En complément du malus écologique de 2 600 euros à l'achat, les propriétaires de voitures de la classe G de l'ADEME doivent désormais payer annuellement un malus de 160 euros.
Le malus annuel devra être payé pour un véhicule :
Le financement par le malus devait théoriquement permettre d'équilibrer les rentrées fiscales et les subventions budgétaires, avec un reliquat prélevé par l'État. Le montage envisagé par le ministère de l'économie et des finances et le ministère de l'environnement et du développement durable devait ainsi, compte tenu d'un parc annuel de véhicules neufs de 2 millions d'unités, dégager un revenu issu du malus fiscal touchant 6 % du parc environ, près de 460 millions d'euros[31]. Cette somme aurait ensuite été consommée pour 285 millions d'euros par les véhicules les moins polluants, les 175 millions restant revenant à l'État.
Le système de l'écopastille a cependant subi un double impact qui a déséquilibré le montage financier prévu initialement :
En conséquence, au premier semestre 2008, le système éco-pastille présentait un déficit de 200 millions d'euros, à la suite d'une baisse des ventes de 27 % des véhicules les plus polluants et d'une augmentation inverse de la vente des plus écologiques de 15 %[32],[33].
À la suite notamment des changements successifs apportés au barème du système bonus-malus, un équilibre a finalement pu être trouvé, l'État réalisant même un excédent de 141 millions d'euros en 2014[34].
| Impact budgétaire en millions d'euros[35] | |||||||
| Année | 2008 | 2009 | 2010 | 2011 | 2012 | 2013 | 2015 |
| -308 | -626 | -281 | -119 | 43 | -100 | 100 | |
Selon les données de l'ADEME[36], voici les évolutions qui ont été enregistrées ces dernières années en France :
| Émission moyenne du parc en g CO2/km | ||||||||||||||||||
| Année | 2000 | 2001 | 2002 | 2003 | 2004 | 2005 | 2006 | 2007 | 2008 | 2009 | 2010 | 2011 | 2012 | 2013 | 2014 | 2015 | 2016 | 2017 |
| 162 | 156 | 155 | 155 | 153 | 152 | 149 | 149 | 140 | 133 | 130 | 127 | 124 | 117 | 114 | 111 | 110 | 111 | |
Les deux premières années (2008 et 2009) de la mise en place de ce dispositif montrent deux des plus fortes baisses annuelles, l'année 2007 ayant vu une progression nulle sans doute en raison d'achats anticipés de véhicules polluants, ou à l'inverse de reports d'achats de véhicules peu polluants. L'objectif européen a été atteint avant l'échéance de 2015. D'autres pays européens semblent néanmoins avoir fait aussi bien, si ce n'est mieux, sans avoir eu recours à ce dispositif de bonus/malus.
Les réductions pour l'achat d'un véhicule « propre » ne s'appliquent qu'aux véhicules neufs. Les réductions sont les suivantes :
L'éco-bonus ou éco-malus s'applique aux automobiles neuves et d'occasion. Lors de son introduction, le montant du bonus ou malus dépend de la différence d'émission de CO2 entre l'ancien et le nouveau véhicule. Depuis le , seul le taux d’émission de CO2 (g/km) du véhicule est dorénavant pris en compte[37]. Les fourchettes d’émission de CO2 donnant lieu à un éco-malus en 2014 sont les suivantes[38] :
| Émission de CO2 en g/km | 146-155 | 156-165 | 166-175 | 176-185 | 186-195 | 196-205 | 206-215 | 216-225 | 226-235 | 236-245 | 246-255 | + de 255 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Montant | 100 € | 175 € | 250 € | 375 € | 500 € | 600 € | 700 € | 1 000 € | 1 200 € | 1 500 € | 2 000 € | 2 500 € |
L'éco-bonus est supprimé le [39].