« Romantique »

Symphonie no 4
« Romantique »
Genre Symphonie
Nb. de mouvements 4
Musique Anton Bruckner
Durée approximative 60 min
Dates de composition 1874
Dédicataire Prince Constantin Hohenlohe
Création
Vienne, Drapeau de l'Autriche Empire d'Autriche
Interprètes Orchestre philharmonique de Vienne dirigé par Hans Richter
Versions successives

La Symphonie no 4 en mi bémol majeur dite « Romantique », WAB 104, a été écrite par Anton Bruckner en 1874 et reste avec la 7e et la 8e l'une de ses plus célèbres symphonies.

Le titre « Romantique » a été donné par le compositeur lui-même. Il a annoté plusieurs passages : Ville médiévale, chevaliers se lançant au-dehors sur de fiers chevaux pour le premier mouvement, Amour repoussé pour le second, Danse pour le repas de chasse pour le troisième… Seul le dernier mouvement n'a pas de sous-titre littéral.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

La symphonie se compose de quatre mouvements et son exécution dure un peu plus d'une heure.

En plus des cordes l’orchestre requiert deux flûtes, deux hautbois, deux clarinettes, deux bassons, quatre cors, trois trompettes, trois trombones, un tuba (à partir de la deuxième version) et deux timbales, ainsi qu'un piccolo et des cymbales dans la version finale de 1888.

Versions et éditions[modifier | modifier le code]

Il y a quatre versions principales de la quatrième symphonie, dont deux existent sous plusieurs variantes :

Au moins sept versions et variantes authentiques peuvent être identifiées :

Année Désignation habituelle Korstvedt Redlich Cooke Autres désignations Source Éditions publiées
1874
-
1876
I
I
I
Version originale
Urfassung
Nowak 1975
Korstvedt 2021
1878
II
IIa
II
Version "Volksfest"
Haas 1936 (Finale)
Haas 1944 (Finale)
Nowak 1981 (Finale)
Carragan 2014
1880
IIb
III
Première version définitive Version de Vienne
Version 1878/80
Non publiée
1881 Version de Karlsruhe
Originalfassung
Version 1878/80
Manuscrit A-Wn Mus. Hs. 19.476 Haas 1936
Haas 1944
Korstvedt 2018
1886 Révisée Version de New York
Version 1878/80
Partition de copiste : Columbia Nowak 1953
1887
III
III
IV
Löwe/Schalk
Stichvorlage (collection privée)
Photocopie : A-Wst M.H. 9098/c
Non publiée
1888 Version de Schalk & Löwe
Endfassung
Fassung letzter Hand
Stichvorlage (collection privée)
Photocopie : A-Wst M.H. 9098/c
Gutmann 1889
Wöss 1927
Redlich 1955
Korstvedt 2004

Version initiale (1874)[modifier | modifier le code]

La version originale de la symphonie a été composée du au . Cette première version qui n’a été ni exécutée ni publiée durant le vivant du compositeur, a été publiée en 1975 par Leopold Nowak et a été enregistrée la même année par Kurt Wöss. Réédition critique par Korstvedt en 2021.

Lorsqu’on la compare aux versions suivantes, cette version se caractérise par une plus grande couleur instrumentale (utilisation plus large des bois et des cors) et une plus grande complexité contrapuntique et rythmique, avec notamment, outre celle du rythme brucknérien « 2 + 3 », l’utilisation de quintolets.

Le rythme brucknérien « 2 + 3 »

Révision de 1876[modifier | modifier le code]

Bruckner fit quelques ajustements en 1876, qu'il a introduit directement dans le manuscrit original.

Deuxième version (1878)[modifier | modifier le code]

Après avoir terminé la composition de la version originale de la symphonie, Bruckner débuta celle de la cinquième symphonie. Bruckner revint ensuite à celle de la quatrième. Du au il effectua une profonde révision des deux premiers mouvements et remplaça le scherzo original par un nouveau scherzo, « La Chasse ». Il remplaça également le finale original par un nouveau finale, le Volksfest (« Fête populaire »). Ce nouveau finale a été publié en appendice à l’édition de 1936 de Robert Haas et séparément par Leopold Nowak en 1981. L'intégralité de cette version a été récemment reconstituée par William Carragan.

Troisième version (1881)[modifier | modifier le code]

Après avoir composé son Quintette à cordes, Bruckner revint le une nouvelle fois à la quatrième symphonie. Il remplaça le Volksfest finale, dont il n'était pas satisfait, par un nouveau finale – le troisième, basé toutefois sur le même matériel thématique que les deux précédents, qu'il termina le . La version 1880 est pour le reste identique à celle de 1878. C’est cette version qui a été utilisée lors de la première du par l'Orchestre philharmonique de Vienne par Hans Richter. Version non publiée.

Après la première de 1881, Bruckner apporta des modifications supplémentaires – de nombreux changements d'orchestration, un replacement de 4 mesures par 12 mesures dans un passage du Finale, et une coupure de 20 mesures dans l'Andante[1]. Cette version a été éditée par Robert Haas en 1936 et rééditée en 1944. Une édition critique a été éditée par Korstvedt en 2018[2].

Révision de 1886[modifier | modifier le code]

Dans les dernières mesures du Finale les troisième et quatrième cors rappellent le thème principal du premier mouvement[1]. Cette version, qui est sinon quasi identique à la version de 1881, a été utilisée par Anton Seidl lors de l'exécution à New York le et a été ensuite conservée à la Columbia University. Elle a été éditée par Nowak en 1953[3].

Version finale (1888)[modifier | modifier le code]

Avec l’aide de Ferdinand Löwe, et probablement aussi de Franz et Joseph Schalk, Bruckner révisa une nouvelle fois la symphonie en 1887 dans le but de la publier. Cette version est celle qui a été utilisée le lors première viennoise par Hans Richter. Version non publiée.

Après la première viennoise, Bruckner révisa une dernière fois la symphonie. Cette version a été publiée en 1889 par Adolf Gutmann. Cette version a été initialement considérée comme « inauthentique ». Des recherches récentes ont toutefois démenti cette assertion et, en 2004, Benjamin Korstvedt a réédité cette version pour l’insérer dans la Kritische Gesamtausgabe[4].

En 1895 Gustav Mahler fit un arrangement de la version 1888, qu’il abrégea (coupures dans la partie centrale de l'andante et du finale) et réorchestra. Cet arrangement a été enregistré par Gennadi Rozhdestvensky et Anton Nanut.

Description de la version initiale de 1874[modifier | modifier le code]

I. Allegro[modifier | modifier le code]

Sur un trémolo des cordes pianissimo, le cor introduit le premier groupe thématique avec un thème construit en quintes, repris en canon par les bois, et suivi par un tutti avec un motif rythmique « 2 + 3 ». Le deuxième groupe thématique présente un thème champêtre en contrepoint et un motif sautillant. Le troisième groupe thématique contient un thème en tutti dérivé du premier groupe thématique et un motif d’inspiration wagnérienne, qui ressemble à celui du leitmotiv du feu de l’Anneau du Nibelung. Le développement, introduit par le motif de la Walkyrie qui avait déjà été cité dans la troisième symphonie, concerne essentiellement le premier groupe thématique et expose en alternance au cor et en tutti ses deux motifs avec vers la sixième minute une combinaison rythmique complexe, se poursuit par un somptueux choral dérivé du premier motif. Il se termine par une variante du motif sautillant du deuxième groupe thématique. La réexposition des trois groupes thématiques est suivie par une coda sur le thème initial.


\header {
  tagline = ##f
}

\score {
  \new Staff \with {

  }
<<
  \relative c'' {
    \key ees \major
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    \override TupletBracket #'bracket-visibility = ##f 
    %\autoBeamOff
    \set Staff.midiInstrument = #"French horn"

     %%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%% AB 4-1 th1
     bes1 ees,2... ees16 bes'1 r1 ces1 ees,2... ees16 bes'1

  }
>>
  \layout {
    \context { \Score \remove "Metronome_mark_engraver"
    }
  }
  \midi {}
}
Premier thème.

II. Andante quasi allegretto[modifier | modifier le code]

Le deuxième mouvement en forme lied (ABA’B’A’’) présente dix différentes prescription de tempo. Dans le premier groupe thématique, les instruments à cordes avec sourdine et les bois alternent, suivi par un motif descendant aux bois qui introduit le second groupe thématique. Le second groupe est une cantilène à l’alto sur un fond de pizzicati des autres instruments à cordes. Dans la deuxième partie les deux groupes thématiques sont réexposés et largement développés. Dans la partie finale le premier motif est développé une seconde fois et s’éteint en pianissimo.

III. Scherzo. Sehr schnell - Trio. Im gleichen Tempo[modifier | modifier le code]

Le scherzo, introduit par une sonnerie de cor, se poursuit par un thème exposé par les bois sur un accompagnement fougueux aux cordes. Le trio, dans le même tempo, utilise un matériel similaire donné aux hautbois. La reprise du scherzo se termine par une puissante coda.

IV. Finale. Allegro moderato[modifier | modifier le code]

Le premier groupe thématique commence par une introduction comportant un rappel du thème initial de la symphonie, qui est suivie par un tutti en unisson, une fanfare et un rappel du scherzo, et se termine par un nouveau rappel du thème initial de la symphonie. Le deuxième groupe thématique est constitué par un thème contrapuntiques à allure de Ländler, qui comporte de difficiles quintolets. Le troisième groupe thématique, une game descendante en quintolets, est à nouveau un tutti en unisson. Dans le développement complexe, qui est basé sur les trois groupes thématiques, s’insèrent à nouveau un rappel du thème initial de la symphonie et une réminiscence du second mouvement et du scherzo. Après la reprise, une puissante coda basée sur le premier groupe thématique se conclut sur un rappel du thème initial de la symphonie.

Description des versions ultérieures[5][modifier | modifier le code]

I. Bewegt, nicht zu schnell[modifier | modifier le code]

Dans les versions ultérieures diverses parties du premier mouvement sont supprimées, notamment la fin du second groupe thématique, la seconde partie du troisième groupe thématique, ainsi que, au cours du développement, les deux citations de la Walkyrie, la combinaison rythmique complexe et la partie finale après la deuxième citation de la Walkyrie.

II. Andante quasi allegretto[modifier | modifier le code]

Dans les versions ultérieures diverses parties du deuxième mouvement sont supprimées. L’exposition du premier groupe thématique est abrégée. Dans la deuxième partie le développement du premier groupe thématique est raccourci et celui du second groupe thématique est supprimé. La partie finale est également abrégée.

III. Scherzo. Bewegt - Trio. Nicht zu schnell, keinesfalls schleppend[modifier | modifier le code]

Dans les versions ultérieures le scherzo initial est remplacé par un nouveau mouvement en 2/4, le célèbre « scherzo de la chasse », où des sonneries de cors, qui rappellent la Marche militaire, WAB 116 de 1865[6], évoluent en accord.
Le trio, plus lent et mélodique, s’inscrit comme une courte pause entre le scherzo et sa reprise.


\header {
  tagline = ##f
}

\score {
  \new Staff \with {

  }
<<
  \relative c'' {
    \clef treble
    \key bes \major
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    \tempo 2 = 58
    \override TupletBracket #'bracket-visibility = ##f 
    %\autoBeamOff
    \set Staff.midiInstrument = #"French horn"

     %%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%% AB 4-2 th1

     \partial 16 \clef bass bes,16 bes8 bes \times 2/3 { bes8 f bes } bes4 r8.
     \clef treble f'16 f8 f \times 2/3 { f8 d f } f4 r8.
     bes16 \times 2/3 { bes8 f d } f8 r16 bes16 \times 2/3 { bes8 f d } f
  }
>>
  \layout {
    \context { \Score \remove "Metronome_mark_engraver"
    }
  }
  \midi {}
}
Premier thème.

Dans la version finale de 1888 le scherzo se termine en pianissimo. Lors de sa reprise après le Trio une coupure d'une soixantaine de mesures est effectuée.

IV. Finale. Allegro moderato (1878) / Bewegt, doch nicht zu schnell (1881)[modifier | modifier le code]

Le Volksfest finale de 1878 et celui de 1881 sont basés sur le même matériel de base que celui de 1874, mais traité différemment. Le Volksfest finale est en quelque sorte une version simplifiée du finale de 1874, avec entre autres le remplacement des difficiles quintolets par des « 2 + 3 »[7].

Dans la version de 1881 un motif lyrique supplémentaire est en outre introduit au début du deuxième groupe thématique et le troisième motif en unisson est recomposé.
Le début de la coda est paisible et, après un passage lyrique aux cors, se poursuit, avant de conclure, par une « échelle céleste »[8] - à l’instar de celle du mouvement lent de la cinquième symphonie, dont Bruckner venait de réviser la composition.

Dans la version finale de 1888 quelques coupures (un total de 34 mesures) sont effectuées. Des coups de cymbales sont par ailleurs introduits à la fin de l'exposition du premier groupe thématique et en pianissimo au cours de la coda.

Discographie sélective[modifier | modifier le code]

Version initiale de 1874[modifier | modifier le code]

Édition Nowak (1975)[modifier | modifier le code]

Cet enregistrement historique peut être téléchargé du site de John Berky[9] et est disponible sur CD en annexe au livre de C. van Zwol[10].

Édition Korstvest (2021)[modifier | modifier le code]

Deuxième version (1878)[modifier | modifier le code]

Il n'y a pas encore d'exécution ou d'enregistrement de la version de 1878 dans son intégralité.

« Volksfest-Finale » (Nowak, 1981)[modifier | modifier le code]

Troisième Version (1881)[modifier | modifier le code]

Édition Haas (1936)[modifier | modifier le code]

Édition Korstvest (2018)[modifier | modifier le code]

Révision 1886 (Nowak, 1953)[modifier | modifier le code]

Version finale de 1888[modifier | modifier le code]

Édition revue par Ferdinand Löwe (Gutmann, 1889)[modifier | modifier le code]

Version revue et réorchestrée par Gustav Mahler (1895)[modifier | modifier le code]

Édition Korstvedt (2004)[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b Bruckner Symphony Versions by David Griegel
  2. NEW ANTON BRUCKNER COMPLETE EDITION
  3. Cornelis van Zwol, page 654.
  4. Bruckner Kritische Gesamtausgabe - Symphonie n° 4
  5. William Carragan - Timing analysis Symphony No. 4 (versions 1874, 1880 et 1888)
  6. William Carragan, Anton Bruckner - Eleven Symphonies, Bruckner Society of America, Windsor CT, (ISBN 978-1-938911-59-0), p. 112
  7. Nicolas Couton, Réflexions sur les problèmes de tempo dans les symphonies d’Anton Bruckner, p. 8, 2008
  8. Paul-Gilbert Langevin, Anton Bruckner, apogée de la symphonie, page 25, l'Âge d'Homme, Lausanne, 1977 – (ISBN 2-8251-0880-4)
  9. Téléversement libre de la version 1874 de la symphonie par Kurt Wöss
  10. Cornelis van Zwol, Anton Bruckner 1824-1896 - leven en werken, Thot, Bussum, 2012 - (ISBN 978-90-6868-590-9)

Sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]