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Lev Sergueïevitch Termen (en russe : Лев Сергеевич Термен), né le et décédé le , plus connu sous le nom de Léon Theremin, est l'ingénieur russe qui a inventé le thérémine, le premier instrument de musique électronique[1].
Lev Sergueïevitch Termen est né à Saint-Pétersbourg, issu d'une famille aux lointaines origines françaises. Il fait ses études au premier gymnasium classique. Il est passionné de musique et de physique et se consacre à l’étude du génie électrique à l’université de Pétrograd.
En 1919, il met au point l’« éthérophone » ou thérémine, premier instrument de musique électronique. Cet appareil a comme particularité qu’on en joue sans le toucher, en bougeant les mains dans un champ électromagnétique émis par deux antennes. Il en joue devant Lénine en 1922 et enthousiasme l’intelligentsia. En 1927, il entreprend une tournée en Occident et donne des concerts d’« éthérophone » en Europe et en Amérique du Nord. Il s’établit à New York et reçoit un accueil triomphal. Il obtient pour son invention un brevet américain le [2] mais il conclut une entente avec les sociétés General Electric et RCA pour la commercialisation de son appareil, sous le nom de « thereminvox » bientôt raccourci en « thérémine ». C’est un échec mais Léon Theremine continue à donner des cours de « thérémine », des concerts et à faire des inventions dont le « terpsitone » : inspiré du thérémine, cet appareil se présente sous la forme d’une scène munie d’antennes. Des danseurs y évoluent, produisant la musique par les mouvements de leurs corps dans le champ électromagnétique.
Léon Theremin, qui manquait de connaissances musicales de base, a pu bénéficier des conseils de Clara Rockmore violoniste virtuose qui travailla directement avec lui dès les premiers jours du développement commercial de son instrument aux États-Unis. Elle lui soumit un grand nombre de suggestions et de propositions de modifications pour améliorer l'instrument, qu'il incorpora dans les versions plus tardives. Il la demanda en mariage à plusieurs reprises, mais sans succès[3].
En 1938, l’inventeur disparaît mystérieusement, et sa mort est officiellement annoncée. Les recherches de son épouse et de ses amis n’aboutissent pas et il est progressivement oublié ; certains affirmèrent qu'il avait tout simplement le mal du pays, tandis que d'autres croyaient qu'il avait été enlevé par des agents du NKVD. Plusieurs années plus tard, on a su que Theremin était retourné dans son pays natal à cause de problèmes fiscaux et financiers aux États-Unis[Note 1],[4]. Toutefois, il aurait dit au physicien-musicien Bulat Galeyev[5] qu'il avait décidé de partir parce qu'il était inquiet devant l'imminence de la guerre.
Peu après son retour, à Léningrad, il fut incarcéré à la prison de la Boutyrka à Moscou, puis déporté pour une durée de huit ans, dans les mines d'or de Kolyma, sous le prétexte d'avoir planifié avec un groupe d'astronomes, l'assassinat de Sergueï Kirov, lors de sa visite prévue à l'observatoire de Poulkovo[6].
Bien que les rumeurs de son exécution aient été largement diffusées, il ne resta qu'un an dans le camp de travail, puis il a été transféré à l'hiver 1940, à Omsk dans une charachka, (un laboratoire surveillé par la police secrète, dans le système des camps du Goulag), en collaboration avec Andreï Tupolev, Sergueï Korolev et d'autres scientifiques et ingénieurs. On le fit travailler sur d’autres sujets de recherche en électronique comme des appareils d'espionnage ou des brouilleurs de communications[6].
Il inventa le système d'écoute Bourane (Буран), (précurseur du micro espion laser), en utilisant, à distance, un faisceau infrarouge de faible puissance pour détecter les vibrations sonores dans la vitre d'une fenêtre. Beria, le chef de l'organisation de la police secrète NKVD, (le prédécesseur du KGB), utilisera le dispositif Bourane pour espionner les ambassades européennes et américaines, à Moscou. En 1947, il a reçu le prix Staline pour son invention, et cette avancée technologie de l'espionnage soviétique[7].
Il inventa un autre dispositif d'écoute, basé sur le principe d'une cavité résonante à haute fréquence, associée à de l'électronique Chrysostome (Златоуст), dispositif passif, sans alimentation électrique (The Thing), utilisé pendant 6 ans à la résidence de l'ambassadeur américain à Moscou[Note 2], avant d'être découvert par hasard, par un opérateur radio britannique, en 1952[Note 3],[8].
En 1956 il a été réhabilité, mais a continué à travailler dans les bureaux d'études secrets du NKVD, à développer les systèmes d'écoute, jusqu'à sa retraite en 1964.
Après la guerre, le « thérémine » connaît une deuxième vogue à Hollywood dans le domaine des effets sonores. Les Beach Boys utilisent un dérivé du thérémine inventé par Paul Tanner, l'« Electro-Theremin (en) » ou « Tannerin », pour leur chanson Good Vibrations. Robert Moog s’en inspire pour inventer le synthétiseur.
Dans les années 1980, le cinéaste Steven M. Martin (en), décide de tourner un documentaire sur le thérémine. Il rencontre Clara Rockmore, une ancienne virtuose du thérémine et amie de l’inventeur. Faisant des recherches sur sa disparition, ils se rendent en URSS où ils découvrent que Léon Theremin est toujours vivant. Dans une interview, l'inventeur évoque pour la première fois sa disparition. En 1990, profitant de la « perestroïka » et de la « glasnost », le cinéaste organise son déplacement aux États-Unis où il peut assister à un concert de thérémine à l’université Stanford avant de retourner en Russie où il décède deux ans plus tard.
Thereminvox, un des premiers instruments inventés, Musée Glinka, Moscou
Réplique du Grand Sceau, à la résidence de l'ambassadeur américain à Moscou, National Cryptologic Museum, Fort Meade, Maryland