Marino Faliero
Marin Falier[1]
Description de cette image, également commentée ci-après
La décapitation de Marino Faliero,
tableau de Francesco Hayez
Genre Tragédie lyrique
Nbre d'actes 3
Musique Gaetano Donizetti
Livret Emanuele Bidèra
Langue
originale
italien
Sources
littéraires
Marino Faliero (1829)
tragédie en 5 actes
de Casimir Delavigne
Durée (approx.) 2 h 12 min
Dates de
composition
-
Création
Théâtre italien de Paris

Personnages

  • Marino Faliero, Doge de Venise (basse)
  • Israele Bertucci, Chef de l'Arsenal (baryton)
  • Fernando Faliero, neveu du Doge (ténor)
  • Michele Steno, jeune patricien (basse)
  • Leoni, membre du Conseil des Dix (ténor)
  • Elena Faliero, épouse du Doge (soprano)
  • Irena, demoiselle d'honneur d'Elena (soprano)
  • Vincenzo, serviteur du Doge (ténor)
  • Beltrame, sculpteur (basse)
  • Pietro, gondolier (basse)
  • Guido, pêcheur (basse)
  • Un gondolier dans la nuit (ténor)
  • Les « Signori della Notte », le Conseil des Dix, gentilshommes, chevaliers, pêcheurs, serviteurs, soldats.

Airs

  • « O patrizi scellerati » (Israele) – Acte I, 1er tableau
  • « Di mia patria bel soggiorno » (Fernando) – Acte I, 2e tableau
  • « Tremar tu sembri e fremere » (Faliero, Israele) – Acte I, 2e tableau
  • « Questa è l'ora » (Fernando) – Acte II
  • « Fosca notte, notte orrenda » (Faliero) – Acte II
  • « Dio clemente, ahi ! mi perdona » (Elena) – Acte III, 1er tableau
  • « Santa voce al cuor mi suona » (Faliero, Elena) – Acte III, 2e tableau

Marino Faliero (parfois francisé partiellement en Marin Faliero ou complètement en Marin Falier) est une tragédie lyrique en 3 actes de Gaetano Donizetti sur un livret d'Emanuele Bidèra, créée au Théâtre italien de Paris le [2].

Historique[modifier | modifier le code]

À l'occasion d'un voyage en Italie, les deux directeurs du Théâtre des Italiens de Paris, Édouard Robert et Carlo Severini furent impressionnés par la Parisina, créée le au Teatro della Pergola de Florence et se rapprochèrent de l’impresario Alessandro Lanari pour monter l'ouvrage à Paris. Mais ce dernier demanda une somme si élevée qu'ils renoncèrent et décidèrent de passer directement commande d'un nouvel opéra à Donizetti. Un an plus tard, au début de 1834, Gioachino Rossini, qui était devenu directeur de la musique et de la scène du Théâtre des Italiens à compter de 1824-1826, commandait un opéra à chacune des deux étoiles montantes de la jeune génération italienne : Bellini donna I puritani, qui fut créé avec un grand succès le , tandis que Donizetti fit à cette occasion ses débuts à Paris avec Marino Faliero.

Pour le livret, Donizetti s'était d'abord adressé à Felice Romani mais, comme à son habitude[3], celui-ci s'était dérobé au moment d'honorer la commande et le compositeur avait dû se rabattre sur Emanuele Bidèra, qui avait été embauché par le directeur du San Carlo, Domenico Barbaja comme répétiteur de diction et à qui l'impresario donnait à arranger, et parfois à composer, quelques livrets d'opéra[4]. Révisé par Agostino Ruffini préalablement à la création parisienne, le livret de celui-ci est basé sur une tragédie de Casimir Delavigne, créée en 1829 et elle-même inspirée d'une tragédie historique de Lord Byron de 1820. Il se rattache à l'histoire de Marino Faliero, 55e doge de Venise, élu le et décapité dans le grand escalier du Palais des Doges le après une tentative de coup d'État contre les institutions de la Sérénissime République.

Donizetti commença à travailler à la partition à Naples sans doute au début de l’été 1834, en parallèle de la composition de Maria Stuarda. Il s'embarqua à Gênes le 31 décembre après la création de Gemma di Vergy le 26 décembre à la Scala de Milan et vint terminer Marino Faliero à Paris où il arriva à temps pour assister au triomphe d’I puritani et put bénéficier des conseils de Rossini.

La première eut lieu à la fin de la saison parisienne et, pour diverses raisons techniques, l'opéra n'eut que peu de représentations, bien qu'il ait remporté un honnête succès, sans doute moins éclatant que celui de l'ouvrage de Bellini[5]. Il fut ensuite créé à Londres dès le et fut froidement accueilli par le public anglais en raison, dit-on, du peu de relief du personnage féminin[6].

La première représentation en Italie eut lieu en 1836 au Teatro Alfieri de Florence, et fut triomphale[7].

L'ouvrage fut repris à Paris et à Londres. Il fut traduit en allemand, français, hongrois. Dans certains cas, cette histoire d'un chef d'État qui porte les armes contre sa patrie et finit par la maudire suscita les critiques de la censure : l’opéra devint, par exemple, Antonio Grimaldi à Presbourg ou se retrouva transposé en Turquie sous le titre Il Pascià di Scutari. La première aux États-Unis eut lieu en 1842 à La Nouvelle-Orléans, l'opéra étant repris à New York l'année suivante.

Il eut ensuite une longue carrière sur toutes les scènes lyriques du monde au XIXe siècle, où il fut joué deux fois plus souvent qu'un opéra comme Roberto Devereux, beaucoup plus célèbre de nos jours. S'il n'entra jamais au répertoire – sauf peut-être dans quelques maisons d'opéra isolées – il n'en fut pas moins l'un des plus grands succès de Donizetti. Ses dernières représentations au XIXe siècle eurent lieu à Venise en 1888 et Florence en 1892. Il disparut alors et ne fut pas repris avant 1966 à Bergame. Depuis, il est monté de manière très occasionnelle ; quelques rares enregistrements sont disponibles. Depuis quelques années, on constate toutefois une tendance à la réévaluation de Marino Faliero dans l'ensemble de l'œuvre de Donizetti, l'intérêt particulier de la tonalité sombre de l'ouvrage et les nombreuses ruptures avec les conventions de l'époque tendant à faire oublier les faiblesses de la construction dramatique du livret.

Distribution[modifier | modifier le code]

Luigi Lablache (1794-1858), créateur du rôle de Marino Faliero
Rôle Type de voix Interprètes lors de la première le [2]
(Chef d'orchestre : - )
Marino Faliero, Doge de Venise basse Luigi Lablache
Israele Bertucci, Chef de l'Arsenal baryton Antonio Tamburini
Fernando Faliero, neveu du Doge ténor Giovanni Battista Rubini
Michele Steno, jeune patricien basse
Leoni, membre du Conseil des Dix ténor
Elena Faliero, épouse du Doge soprano Giulia Grisi
Irena, demoiselle d'honneur d'Elena soprano
Vincenzo, serviteur du Doge ténor
Beltrame, sculpteur basse
Pietro, gondolier basse
Guido, pêcheur basse
Un gondolier dans la nuit ténor Nicolaï Ivanov
Les « Signori della Notte », le Conseil des Dix, gentilshommes,
chevaliers, pêcheurs, serviteurs, soldats.

Argument[modifier | modifier le code]

L'action se déroule à Venise en 1355.

La partition autographe comporte une ouverture (sinfonia) d'une durée approximative de 8 min 30. Elle commence par une sorte de martèlement grave puis fait entendre la mélodie du gondolier du deuxième acte avant que la conjuration ne soit annoncée par un thème plus vigoureux qui s’enfle en un crescendo tourmenté débouchant sur une marche puissante.

En revanche, la partition publiée par Ricordi comporte un simple prélude de 43 mesures centré sur la chanson du gondolier. La flûte interprète le larghetto de la barcarolle du gondolier. Elle est interrompue par des accords puissants maestoso du tutti qui instaurent une atmosphère solennelle avant que la flûte, les pizzicati des cordes et de sourds roulements de timbales n'évoquent le drame qui se prépare.

De nos jours, l'ouverture est toujours jouée. Dans certains cas[8], l'intégralité du prélude est également donnée en préambule de l'acte I mais certaines interprétations[9] coupent le morceau de flûte avant le maestoso pour éviter la répétition du motif de la barcarolle, présent tant dans l'ouverture que dans le prélude.

Acte I[modifier | modifier le code]

Durée : environ 1 h 10 min
Le premier acte comporte un air superbe et particulièrement difficile pour le ténor (Di mia patria bel soggiorno, Fernando) suivi par l'un des meilleurs duos d'amour de Donizetti et un autre duo qui réunit les deux basses (Marino Faliero et Israele Bertucci).

Premier tableau[modifier | modifier le code]

L’Arsenal de la République de Venise
Durée : environ 15 min

Deuxième tableau[modifier | modifier le code]

Une petite pièce dans le palais des Doges
Durée : environ 38 min

Troisième tableau[modifier | modifier le code]

Une petite pièce conduisant à une vaste salle de bal dans le palais Leoni
Durée : environ 16 min

Acte II[modifier | modifier le code]

Acte II en 1835 pour la première

Tableau unique : Piazza di SS. Giovanni e Paolo. Il fait nuit.
Durée : environ 26 min

Acte III[modifier | modifier le code]

Durée : environ 45 min

Premier tableau[modifier | modifier le code]

Les appartements du Doge[17]
Durée : environ 20 min

Second tableau[modifier | modifier le code]

La Salle du Conseil des Dix
Leoni et Beltrame sont du côté des Dix ; les conjurés sont enchaînés, parmi eux, se trouvent Guido, Pietro, Israele et ses fils Marco, Arrigo et Giovanni.
Durée : environ 25 min

Productions notables[modifier | modifier le code]

Dates Distribution
(Elena, Fernando, Israele, Faliero)
Chef d'orchestre,
Orchestre et chœur
Lieu,
Théâtre
Metteur en scène
1966 Margherita Roberti,
Angelo Mori,
Carlo Meliciani,
Agostino Ferrin
Adolfo Camozzo Bergame,
Teatro Donizetti
1967 Rae Wooland,
David Parker,
Paolo Silveri,
George MacPherson
Leslie Head,
Opera Viva Orchestra and Chorus
Londres,
Camden Festival
Mars 1998 Washington, D.C.,
Washington Opera Camerata
1999 Mária Farkasréti,
Tamás Albert,
Attila Réti,
Tamás Altorjay
Tamás Pál Szeged,
Opéra de Szeged
Janvier 2002 Mariella Devia,
Rockwell Blake,
Roberto Servile,
Michele Pertusi
Ottavio Dantone Parme,
Teatro Regio
Daniele Abbado
Avril-Mai 2002 Angeles Blancas,
Rockwell Blake,
Chang Yong Liao,
John Relyea
Eve Queler,
Opera Orchestra of New York,
Dallas Symphony Chorus
New York,
Carnegie Hall
version de concert
20 et Mariella Devia,
Rockwell Blake,
Roberto Servile,
Michele Pertusi
Bruno Campanella Venise,
Teatro Malibran
Daniele Abbado

Discographie[modifier | modifier le code]

Année Distribution
(Elena, Fernando, Israele, Faliero, Gondolier)
Chef d'orchestre,
Opéra et Orchestre
Label
1976 Marisa Galvany,
Giuliano Ciannella,
Licinio Montefusco,
Cesare Siepi,
Ernesto Gavazzi
Elio Boncompagni,
Orchestre symphonique et chœur de la RAI de Milan
CD Audio : Bongiovanni

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Titre sous lequel l'œuvre est plus connue en France
  2. a et b Piotr Kaminski, Mille et un opéras, Fayard, coll. « Les indispensables de la musique », , 1819 p. (ISBN 978-2-213-60017-8), p. 366
  3. Voir également Chiara e Serafina, Alina, regina di Golconda et Maria Stuarda
  4. Pour Donizetti, il fut également le librettiste, à la même époque, de Gemma di Vergy.
  5. À cette occasion, Louis-Philippe Ier attribua la croix de chevalier de la Légion d'honneur à chacun des deux compositeurs italiens, et non au seul Donizetti comme on l'a dit parfois.
  6. Selon l’impresario Chorley : « Malgré l’aspect imposant de Lablache dans les habits du Doge de Venise, malgré le splendide duo des basses dans le premier acte du Marino et un deuxième acte contenant une très belle scène au clair de lune avec barcarolle, chantée à la perfection par Ivanoff, et qui offrit en outre, l’occasion à Rubini de démontrer ses superbes, incomparables moyens vocaux, Marino Faliero n’échauffa pas le public en partie à cause du peu d’intérêt du personnage féminin – erreur fatale pour la popularité d’un opéra. » (cité par Yonel Buldrini, art. cit.)
  7. « Furore ! Fanatismo ! Entusiasma ! Ton Marino Faliero fut jugé comme ton chef-d'œuvre. » (Lanari à Donizetti, cité par Yonel Buldrini, art. cit.) L'impresario explique aussi que la Ungher ajouta au premier acte, un air tiré de Sancia di Castiglia (1832) mais qu'on coupa le second air de Israele Bertucci, car on aurait risqué de terminer vers minuit trente et les « Florentins n’aiment pas être en retard ». (ibidem) Giuseppe Mazzini jugea alors Marino Faliero comme le chef-d'œuvre du compositeur.
  8. par exemple Szeged, 1999 ; Parme, 2002
  9. par exemple Bergame, 1966 ; RAI de Milan, 1976
  10. Marino Faliero est réputé avoir battu le roi de Hongrie au siège de Zara (nom italien de la ville de Zadar en Dalmatie).
  11. Il est pour le moins surprenant que Steno, qui vient d'être exilé par le Conseil des Dix, se rende aussitôt dans le palais de l'un des membres de ce Conseil. Ce détail est censé révéler la corruption des mœurs du patriciat vénitien.
  12. Le livret original de la création permet de comprendre ces paroles car il comporte des vers non conservés dans les représentations : cette haine s’adresse à Fernando qui aurait prévenu le doge contre Steno et qui se fait le champion du peuple depuis que lui, Steno, est entré dans les bonnes grâces du Sénat.
  13. Le livret original ne comporte aucune indication à ce sujet. Dans une suite du dialogue non conservée dans les représentations, le doge s’enquiert de la nuit choisie pour faire éclater la révolte et Israele réplique que c’est cette nuit-même. « Celle-ci, déjà si avancée et ténébreuse ? » s’inquiète le doge. « Son lugubre aspect ressemble à nos pensées », déclare Israele. Le lieu est également indiqué, la place reculée menant l’église de San Giovanni Evangelista. « Là où sont ensevelis mes ancêtres ! », s'exclame Faliero. « Ils conjureront avec nous », réplique Israele.
  14. Il s'agit de la plèbe. Le livret original poursuit : « Et pourtant, les seuls vils sont les patriciens, le véritable esclave est le doge… ».
  15. Yonel Buldrini, art. cit.
  16. Il s'agit naturellement du voile d'Elena.
  17. La plupart des éditions du livret portent : Une petite pièce dans le palais des Doges, comme au premier Acte, mais cette didascalie est erronée puisqu'Elena dort dans cette pièce. L'indication du livret original de la première (Appartamenti del Doge) est plus juste.
  18. officiers de police chargés de la surveillance nocturne de Venise, institués en 1274