Stéphane Mallarmé
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Mallarmé photographié par Nadar (vers 1890).
Biographie
Naissance
Décès
(à 56 ans)
Valvins, Drapeau de la France France
Sépulture
Cimetière de Samoreau (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Étienne MallarméVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité
Poète, traducteur, critique d'art
Enfants
Anatole Mallarmé
Geneviève Mallarmé-Bonniot (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
A travaillé pour
Mouvement
Adjectifs dérivés
« Mallarméen »
Archives conservées par
Archives départementales des Yvelines (166J, Ms 11890-11891, 13238)Voir et modifier les données sur Wikidata
signature de Stéphane Mallarmé
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Étienne Mallarmé, dit Stéphane Mallarmé, né le à Paris et mort le à Valvins (commune de Vulaines-sur-Seine, Seine-et-Marne), est un poète français, également enseignant, traducteur et critique d'art[1].

Admirateur de Théophile Gautier, de Charles Baudelaire et de Théodore de Banville, Stéphane Mallarmé fait paraître en revue quelques poèmes en 1862. Professeur d'anglais par nécessité, il est nommé en septembre 1863 au lycée de Tournon-sur-Rhône en Ardèche et séjourne à Besançon et Avignon, avant d'arriver à Paris en 1871. Il fréquente alors des auteurs littéraires comme Paul Verlaine, Émile Zola ou Auguste de Villiers de L'Isle-Adam et des artistes comme Édouard Manet, qui a peint son portrait en 1876.

S'il rencontre des difficultés dans son métier de professeur (il est chahuté par ses élèves), il mène une vie familiale paisible, ponctuée de difficultés financières et de deuils, en particulier la mort de son fils Anatole en 1879 à l'âge de huit ans. Il écrit des poèmes très élaborés et reçoit ses amis créateurs lors des Mardis de la rue de Rome ou dans sa maison de campagne, à Valvins, près de Fontainebleau, où il meurt le à 56 ans.

Attiré par l'esthétique de L'art pour l'art, il collabore au Parnasse contemporain dès 1866, cherchant à dépasser son sentiment d'impuissance lié à un état dépressif, il est dès lors en quête d'une beauté pure que seul peut créer l'art : « le monde est fait pour aboutir à un beau livre », affirme-t-il. Il entreprend des œuvres ambitieuses qu'il retravaillera longtemps comme Hérodiade (1864-1887) ou L'Après-midi d'un faune (1865-1876, dont Claude Debussy tirera une de ses œuvres symphoniques les plus célèbres en 1892-1894). Admirateur d'Edgar Poe, il traduit Le Corbeau (1845), qui est publié en 1875 avec des illustrations d'Édouard Manet, et écrit le Tombeau d'Edgar Poe en 1876 (« Tel qu’en Lui-même enfin l’éternité le change... »), avant de traduire en prose d'autres poèmes.

En 1887, il fait paraître une édition de ses Poésies qui montrent sa recherche stylistique, comme dans le Sonnet en X, « Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx », ou le sonnet en octosyllabes Une dentelle s'abolit (« Une dentelle s'abolit/Dans le doute du Jeu suprême/À n'entrouvrir comme un blasphème/Qu'absence éternelle de lit. »). L'aboutissement de cette ambition du poème absolu apparaît dans le poème graphique de 1897 Un coup de dés jamais n'abolira le hasard. Cette recherche d'une expression tendue vers l'épure lui vaut cependant dès l'époque le reproche d'hermétisme qui reste attaché à l'art mallarméen.

La renommée de Stéphane Mallarmé se consolide encore à partir de 1884, quand Paul Verlaine l'inscrit dans sa série des Poètes maudits par la publication d'un long article sur Mallarmé, et, porteur de modernité et proche des avant-gardes en art comme en littérature, il est reconnu comme un maître par les jeunes générations poétiques, d'Henri de Régnier et des symbolistes à Paul Valéry. Ainsi, auteur d'une œuvre poétique ambitieuse, Stéphane Mallarmé a été l'initiateur, dans la seconde moitié du XIXe siècle, d'un renouveau de la poésie dont l'influence se mesure encore auprès de poètes contemporains comme Yves Bonnefoy.

Ayant un rôle prépondérant dans l'éclosion de la Modernité poétique, il est aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands poètes de la langue française.

Biographie[modifier | modifier le code]

No 6, Brompton Square, Londres : Stéphane Mallarmé a séjourné à cette adresse en 1863, comme le signale une plaque commémorative sur la façade.

Né dans une famille bourgeoise de juristes originaire de Lorraine, fils de Numa Mallarmé, conservateur des hypothèques à Sens, Stéphane Mallarmé perd sa mère, Elisabeth Desmolins, en 1847 et est confié à ses grands-parents. Mis en pension dès 1852, il se révèle un élève médiocre et se fait renvoyer en 1855. Pensionnaire au lycée de Sens, il est marqué par le décès de sa sœur Maria en 1857[2]. Il compose ses premiers poèmes d'adolescence (qui sont recueillis dans Entre quatre murs), textes encore fortement inspirés par Victor Hugo, Théodore de Banville ou encore Théophile Gautier. La découverte des Fleurs du mal de Charles Baudelaire en 1860 est marquante et influence ses premières œuvres. Cette même année, Mallarmé entre dans la vie active en devenant surnuméraire à Sens, « premier pas dans l'abrutissement » selon lui. En 1862, quelques poèmes paraissent dans différentes revues. Il fait la connaissance d'une jeune gouvernante allemande à Sens, Maria Gerhard, née en 1835, et quitte son emploi pour s'installer à Londres avec elle, ayant l'intention de devenir professeur d'anglais. Son séjour dure de à la fin de l'été 1863[3].

Réformé du service militaire en 1863, Stéphane Mallarmé se marie à l'Oratoire de Londres avec Maria le . Il obtient en septembre son certificat d'aptitude à enseigner l'anglais — il est notamment le professeur d'Henri Barbusse — et est nommé au lycée impérial de Tournon (Ardèche), où il se considère comme exilé. Il ne cesse durant cette période de composer ses poèmes, comme Les fleurs, Angoisse, Las d'un amer repos… Durant l'été 1864, Mallarmé fait la connaissance à Avignon des félibres, poètes de langue provençale : Théodore Aubanel, Joseph Roumanille et Frédéric Mistral, avec qui il entretient une correspondance. Sa fille Geneviève naît à Tournon le . Il est parallèlement professeur d'anglais dans cette ville ainsi qu'à Besançon, Toulon et Paris durant la même période[4].

Stéphane Mallarmé par Étienne Carjat, 1877.

L'année suivante, il compose L'Après-midi d'un faune, qu'il espère voir représenter au Théâtre-Français, mais qui est refusé. Il se lie avec le milieu littéraire parisien, notamment avec Leconte de Lisle et José-Maria de Heredia.

L'année 1866 marque un tournant pour Mallarmé : lors d'un séjour à Cannes chez son ami Eugène Lefébure, il entre dans une période de doute absolu qui dure plusieurs années. Nommé professeur à Besançon, il entame en novembre une correspondance avec Paul Verlaine[5]. En 1867, alors qu’il est en poste à Avignon, démarre la publication de ses poèmes en prose et il va plusieurs fois rendre visite à Frédéric Mistral à Maillane. Il commence en 1869 l'écriture d’Igitur, un conte poétique et philosophique laissé inachevé, qui marque la fin de sa période d'impuissance poétique débutée en 1866. En 1870, il se met en congé de l'instruction publique pour raisons de santé et se réjouit de l'instauration de la République en septembre. Son fils Anatole naît le à Sens et, Mallarmé ayant été nommé à Paris au lycée Condorcet, la famille s'installe au 29, rue de Moscou.

En 1872, Mallarmé fait la connaissance du "passant considérable" alors jeune poète, Arthur Rimbaud, qu’il fréquente brièvement, puis, en 1873, du peintre Édouard Manet, qu'il défend lorsque ses tableaux sont refusés au Salon de 1874[6]. C’est par Manet qu’il rencontre ensuite Zola. Mallarmé fait publier une revue, la Dernière Mode, qui sort huit numéros et dont il est l'unique rédacteur sous divers pseudonymes, la plupart féminins. Nouveau refus des éditeurs en de sa nouvelle version de L'Après-midi d'un faune, qui paraît néanmoins l'année suivante, illustrée par Édouard Manet, chez Alphonse Derenne. Il préface la réédition du Vathek de William Beckford. Dès 1877, des réunions hebdomadaires, devenues vite célèbres, se tiennent le mardi chez Mallarmé. Il fait la rencontre de Victor Hugo en 1878 et publie en 1879 un ouvrage sur la mythologie, Les Dieux antiques. Son fils Anatole meurt brutalement le .

À partir de 1874, Mallarmé, de santé fragile, effectue de fréquents séjours à Valvins près de Fontainebleau. Il loue pour lui et ses proches le premier étage d'une ancienne auberge au bord de la Seine. Il finit par l'acquérir et l'embellit de ses mains pour en faire son home. Là, les journées s'écoulent entre deux parties de pêche avec Nadar ou d'autres illustres hôtes, face à la forêt miroitant dans la Seine, et le poète alors de dire : « J'honore la rivière qui laisse s'engouffrer dans son eau des journées entières sans qu'on ait l'impression de les avoir perdues. »

Stéphane Mallarmé en 1896, en compagnie de Marie Mallarmé, Geneviève Mallarmé, Jeannie Gobillard, Paule Gobillard, à Valvins.

En 1884, Paul Verlaine fait paraître le troisième article des Poètes maudits consacré à Mallarmé ; cette même année, Joris-Karl Huysmans publie À rebours, dont le personnage principal, des Esseintes, voue une vive admiration aux poèmes de Mallarmé -d'où la prose pour des Esseintes ; ces deux ouvrages contribuent à la notoriété du poète. Stéphane Mallarmé est nommé professeur d'anglais au lycée Janson-de-Sailly inauguré cette année. En 1885, il évoque l'explication orphique de la Terre. Son premier poème sans ponctuation paraît en 1886, M'introduire dans ton histoire. La version définitive de L'Après-midi d'un faune est publiée en 1887. Un an plus tard paraît sa traduction des poèmes d'Edgar Allan Poe.

En 1891, sa santé se détériore à nouveau. Mallarmé obtient un congé puis une réduction d’horaire. Il fait la connaissance d’Oscar Wilde et de Paul Valéry au pont de Valvins (ce dernier faillit s'y noyer). Paul Valéry est un invité fréquent des Mardis mallarméens. En 1892, à la mort d'Eugène Manet, frère d'Édouard Manet, Mallarmé devient le tuteur de sa fille, Julie Manet, dont la mère est le peintre Berthe Morisot. C'est à cette époque que Claude Debussy débute la composition de sa pièce Prélude à l'après-midi d'un faune, présentée en 1894. Mallarmé obtient sa mise à la retraite en . L'année suivante, en 1894, il donne des conférences littéraires à Cambridge et Oxford. Deux années passent, le poète assiste aux obsèques de Paul Verlaine, décédé le , il lui succède comme prince des poètes.

En 1898, il se range aux côtés d'Émile Zola qui publie dans le journal L'Aurore, le , son article « J'Accuse », en faveur du capitaine Alfred Dreyfus (voir l’Affaire Dreyfus). Le , Mallarmé est victime d'un spasme du larynx qui manque de l'étouffer. Le soir même, il recommande dans une lettre à son épouse et à sa fille de détruire ses papiers et ses notes, déclarant : « Il n'y a pas là d'héritage littéraire… » Le lendemain matin, victime du même malaise, il meurt dans les bras de son médecin, en présence de son épouse et de sa fille. Il est enterré auprès de son fils Anatole au cimetière de Samoreau, près de Valvins. Maria Mallarmé meurt en 1910.

Regards sur son œuvre[modifier | modifier le code]

En lisant Hegel, Mallarmé a découvert que si « le Ciel est mort », le néant est un point de départ qui conduit au Beau et à l'Idéal. À cette philosophie devait correspondre une poétique nouvelle qui dise le pouvoir sacré du Verbe. Par le rythme, la syntaxe et le vocabulaire rare, Mallarmé crée une langue qui ressuscite « l'absente de tous bouquets[7] ». Le poème devient un monde refermé sur lui-même dont le sens naît de la résonance. Paul Valéry raconte comment Mallarmé affirma un jour à Edgar Degas que « ce n’est point avec des idées […] que l’on fait des vers. C’est avec des mots[8]. » Le vers se fait couleur, musique, richesse de la sensation, « concours de tous les arts suscitant le miracle ». C'est avec Mallarmé que la « suggestion » devient le fondement de la poétique antiréaliste et fait du symbolisme un impressionnisme littéraire. Son œuvre est alors celle de l'absence de signification qui « signifie davantage » et le poète cherche à atteindre les « splendeurs situées derrière le tombeau ».

« La Poésie est l'expression, par le langage humain ramené à son rythme essentiel, du sens mystérieux des aspects de l'existence : elle doue ainsi d'authenticité notre séjour et constitue la seule tâche spirituelle. »

« Qui parle autrement que tout le monde risque de ne pas plaire à tous ; mieux, de passer pour obscur aux yeux de beaucoup. […] L'attrait de cette poésie tient à ce qu'elle est vécue comme un privilège spirituel : elle semble élever au plus haut degré de qualité, moyennant l'exclusion de la foule profane, cette pure joie de l'esprit que toute poésie promet[9]. »

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la Dernière Mode[modifier | modifier le code]

D'août à , Mallarmé publie huit numéros de la gazette illustrée la Dernière Mode destinée à un lectorat féminin. Se faisant critique de mode, il en est le directeur de publication et le directeur artistique, soignant particulièrement la mise en page, la maquette et la typographie, le tout pour une réalisation inédite à l'époque. Il reste également l'unique contributeur sous différents pseudonymes féminins (Marguerite de Ponty, ou Miss Satin par exemple). Outre la mode dans la rubrique portant le nom de « Gazette de la Fashion », les sujets sont variés : produits de beautés, architecture, décoration, design, orfèvrerie, voyages, restaurants et gastronomie, tendances, agenda, textes littéraires et poésie ou simplement une description d'endroits à visiter. Cette publication reste en phase avec son époque, dans une France voyant l'ouverture des grands magasins, l'apparition de la haute couture qui transforme le couturier en artiste et la création de publications telles le Petit Courrier des dames, le Journal des dames et des modes ou la Vie élégante. Là où Mallarmé se différencie de ces revues, c'est dans l'usage de mots plus que les illustrations pour décrire ces sujets, parfois avec une sémantique complexe voir incompréhensible. Publication longtemps ignorée, personne ne sait si elle relève d'une contribution « alimentaire » ou d'un exercice d'écriture[10],[11],[12]

Influences et amitiés[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

Couverture de Les Dieux antiques (1880) : une adaptation pégagogique des meilleures textes de George William Cox (en).
Quatrain autographe signé du monogramme SM sur une carte de visite, composé le par Stéphane Mallarmé pour la comédienne Amélie Diéterle. L'un des derniers poèmes de Stéphane Mallarmé, qui meurt le 9 septembre 1898.
Publications posthumes
Traductions de l'anglais
Correspondance

Enregistrements[modifier | modifier le code]

Œuvres mises en musique[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lloyd James Austin, Essais sur Mallarmé, p. 233
  2. Jean-Luc Steinmetz, Présentation et annotations aux Poésies et autres textes de Stéphane Mallarmé, Livre de Poche, 2005, page 6
  3. My Mallarmé is rich. Mallarmé et le monde anglo-saxon, Paris / Vulaines-sur-Seine, Somogy éditions d'art / Musée départemental Stéphane Mallarmé, 2006, page 11.
  4. Stéphane Mallarmé sur Evene.fr (consulté le 8 septembre 2011).
  5. Correspondance, recueillie, classée et annotée par Henri Mondor et Lloyd James Austin, Parris, Gallimard, 1859 et suiv., tome 2.
  6. Cf. Manet et Mallarmé : "la complète amitié"
  7. René Ghil, Avant-dire au Traité du Verbe.
  8. Paul Valéry, Variété III, IV et V, Paris, Gallimard - folio essais, , 853 p. (ISBN 978-2-07-042362-0), p. 671
  9. Paul Bénichou, Selon Mallarmé, Gallimard, .
  10. Anna Topaloff, « Stéphane Mallarmé : éloge de la mode », L'Obs, no 2910,‎ , p. 68 à 71 (ISSN 0029-4713)
  11. Sophie Chassat, « La barbe ne fait pas le philosophe… la poésie de la mode, si ! », sur lemonde.fr,
  12. En complément, il est possible de consulter sur cairn.info : disponible également sur persee.fr :
    • Barbara Bohac. La Dernière mode de Mallarmé sous les feux du drame solaire. In: Romantisme, 2006, n°132. Rejet et renaissance du romantisme à la fin du XIXe siècle. pp. 129-139. DOI : https://doi.org/10.3406/roman.2006.6465 www.persee.fr/doc/roman_0048-8593_2006_num_36_132_6465
    mais aussi : ou encore :
    • Jean-Pierre Lecercle, Mallarmé et la mode, Seguier éditions, février 2014, 212 p., (ISBN 9782840496595). Critique lisible ici et un compte-rendu lisible sur persee.fr : Marchal Bertrand. Jean-Pierre Lecercle, Mallarmé et la mode. In: Romantisme, 1993, n°80. L'édition populaire. pp. 118-119. www.persee.fr/doc/roman_0048-8593_1993_num_23_80_6216
  13. « Prélude à l’après-midi d’un faune - Catalogue de l'œuvre - Centre de documentation Claude Debussy », sur debussy.fr (consulté le 29 mai 2018)
  14. Contient les notes en vue du "Livre", reproduites désormais dans le tome 1 de l'édition de La Pléiade (B. Marchal, 1998)
  15. Voir la vidéo de la conférence « Le code secret de Mallarmé ».

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]