Second enfant du couple Claude Jacquet et Anne de la Touche, elle naît en 1665 et est baptisée le de la même année. Son père appartient à une dynastie de musiciens bien connue aux ramifications multiples. C'est lui qui se charge de l'éducation musicale d'Élisabeth et de ses trois frères et sœurs, qu'il mène avec autorité et ambition, étant lui-même facteur de clavecins. Enfant prodige, Élisabeth Jacquet de La Guerre inaugure sa carrière de virtuose en jouant du clavecin à cinq ans devant Louis XIV.
En 1684, elle épouse Marin de La Guerre (1658-1704), organiste de Saint-Séverin[2], issu lui aussi du milieu musical. Elle associe à son nom de naissance le nom de son mari lui permettant ainsi de bénéficier de la renommée des deux familles et de tisser des liens dans la communauté musicale[3].
Elle est une des rares femmes compositrices de cette époque.
Sur le plan musical, la compositrice fait preuve de modernité. Avide de découvertes, Élisabeth Jacquet de La Guerre se classe sans conteste au rang des novateurs et pionniers. Son écriture révèle un véritable génie, capable d'absorber les courants nouveaux de son entourage musical. Dans la virulente dispute autour de la suprématie de la musique française ou italienne, elle prend clairement parti contre les traditionalistes en défendant l'idée de la « réunion des goûts ».
Ses œuvres personnelles sont toutes, à des degrés divers, imprégnées d'influences italiennes. Élisabeth Jacquet de La Guerre s'essaie à tous les genres : musique religieuse ou profane, pièces de tradition française, « importations » italiennes. À la fois claveciniste, organiste, virtuose, improvisatrice et compositrice hors pair, Élisabeth Claude Jacquet de La Guerre est l'une des personnalités les plus étonnantes de l'histoire de la musique.
En plus d'enseigner et de jouer en concert, Élisabeth Claude Jacquet de La Guerre compose plusieurs œuvres. Elle compose une tragédie lyrique, Céphale et Procris, qui est interprétée à l'Académie royale de musique. C'est un échec. La question du lien possible entre la non-adhésion du public et son statut de femme se pose[3].
En 1707, elle publie six sonates pour violon et pour le clavecin , ainsi que ses Pièces de clavecin. Les six Sonates pour le Viollon et pour le Clavecin sont jouées à la Cour au petit couvert du Roi. On rapporte qu'à la fin du dîner,
« Sa Majesté parla à Mlle de la Guerre, d'une manière très-obligeante, & après avoir donné beaucoup de loüanges à ses Sonnates, elle luy dit qu'elles ne ressembloient à rien. On ne pouvoit mieux loüer Mlle de la Guerre, puisque ces paroles font connoistre que le Roy avait non seulement trouvé sa Musique très-belle ; mais qu'elle est originale, ce qui se trouve aujourd'huy fort rarement[5]. »
Elle publie également deux collections de cantates françaises tirées de textes d'Antoine Houdar de La Motte. De ces cantates provient l'histoire de Judith. Sébastien de Brossard en donne également sa propre version, et, comme l'explique Cabrini, le compositeur suit de près la narration en mettant l'accent sur les mouvements et l'action, plutôt que sur les personnages et leur développement au fil de la pièce. Jacquet de La Guerre, pour sa part, toujours d'après Cabrini[6], a préféré un accompagnement instrumental et symphonique afin de laisser de la place mélodique à Judith, quoique le texte minimise son rôle. Les dédicaces de ses œuvres sont adressées au roi Louis XIV.
Trois cantates françaises sont dédiées à l'Électeur Maximilien-Emmanuel de Bavière, grand amateur de musique et lui-même joueur de viole de gambe : pour ce dernier, alors en séjour à Suresnes, elle compose La Musette ou les Bergers de Suresnes, qui fut joué devant lui[7].
Pratiquer un instrument de musique en tant qu'amatrice faisait partie de l'instruction que recevaient les femmes. En revanche, mener carrière indépendante en tant que musicienne est une chose exceptionnelle[3].
Élisabeth Jacquet de La Guerre est considérée comme l'une des premières femmes en France à avoir composé un opéra-ballet[8] et est reconnue pour sa musique pour le clavecin. Novatrice encore, comme dans la cantate, Élisabeth Jacquet de La Guerre compte parmi les tout premiers compositeurs de sonates en France aux côtés de son cousin François Couperin, de trois ans son cadet.
Dans l’édition de 1732 de son Parnasse français, Titon du Tillet présente une série de projets de médailles destinées à honorer des écrivains et des compositeurs français ; l’une d’entre elles est dédiée à Élisabeth Jacquet de la Guerre, avec cette légende : « Elisabeth Claude Jacquet de la Guerre / Aux grands musiciens j'ay disputé le prix / MDCCXXIX ».
« On peut dire que jamais personne de son sexe n'a eu d'aussi grands talents qu'elle pour la composition de la musique et pour la manière admirable dont elle l’exécutait sur le Clavecin et sur l'Orgue[9]. »
« Cet art noté de l'improvisation rend compte, selon Titon du Tillet, du talent merveilleux qu'avait la musicienne pour préluder & jouer des fantaisies sur le champ, & quelquefois pendant une demie heure entiere elle suivoit un prelude & une fantaisie avec des chants & des accords extrémement variez & d’un excellent goût, qui charmoient les Auditeurs[10]. »
5 Cantates bibliques, Esther, Jacob et Rachel, Suzanne, Judith, Jephté, Isabelle Poulenard, Sophie Boulin, sopranos, Arion, 1986.
6 Sonates à un & deux violons avec viole ou violoncelle obligés, Ensemble Variations, Frédéric Martin, Odile Édouard, violons, Christine Plubeau, viole de gambe, David Simpson, violoncelle (sonate en Ré majeur), Éric Bellocq, théorbe & guitare, Noëlle Spieth, clavecin & orgue, Accord, 1996.
Les pièces de clavecin,Blandine Verlet, Auvidis Astrée 1998. Diapason d'or
Le Sommeil d'Ulysse, Samson, Isabelle Desrochers, soprano, Christine Payeux, viole de gambe, Les Voix humaines, Alpha 1999 2000.
Quatre cantates du Livre II, Adam, Samson, Joseph, Le Temple rebâti, Andrea Büchel, soprano, Gilbert Bezzina, violon, Sybille Brix, viole de gambe, Vera Elliot, clavecin, Gilles Perny productions, 2000.
4 Cantates, Judith, Esther, Jonas, Le Passage de la mer rouge, Véronique Malet, soprano, Huguette Grémy-Chauliac, clavecin, Catherine Giardelli, violon, Jean-Louis Charbonnier, basse de viole, Pierre Vérany, 2001.
6 Suites pour clavecin, Elisabeth Farr, clavecin, Naxos, 2004.
Cephale et Procris - Raphaële Kennedy (Procris) ; Camilla de Falleiro (Dorine) ; Achim Schulz (Cephale) ; Lisandro Abadie (Arcas) ; Daniel Issa (la Jalousie) ; Musica Fiorita, dir./clavecin et orgue, Daniela Dolci (7-, ORF 2 CD 3033)[11] (notice BnF noFRBNF41304738).
Intégrale de l'oeuvre pour clavecin, Francesca Lanfranco, Brillant classics, 2018.
Lisle de Délos, Jonas, Suite de clavecin N° 3, Isabelle Desrochers, soprano, Geneviève Soli, clavecin, L'Ensemble Les Idées Heureuses Atma, 2018.
Musique de chambre, vol 1, Musica fiorita, Daniela Dolci, orgue, clavecin et direction, Panclassics 2000 et 2015.
Sonate en trio en sol mineur, (titre de l'album O Maria), Ensemble Correspondances, dir. Sébastien Daucé, Zig-Zag Territoires, 2010.
6 Sonates pour violon, Les Dominos, Florence Malgoire, Ricercar, 2011. Choc de Classica.
6 Sonates pour violon,Lina Tur Bonet, violon, Kenneth Weiss, clavecin, Patxi Montero, basse viole, Panclassics 2017.
Sonate en trio en sol mineur, Enemble Diderot, Audax Records 2019. Diapason d’or, Choc Classica.
↑Aussi écrit « de la Guerre » avec une minuscule initiale à la dans les sources les plus anciennes.
↑Guillaume Loiseleur des Longchamps, Céphale et Procris d'Elisabeth-Claude Jacquet de La Guerre : éléments de présentation, Paris IV - Sorbonne, , 120 p., p.45
↑ ab et cClaire Bernard, « Catherine CESSAC, Élisabeth Jacquet De La Guerre, Une femme compositeur sous le règne de Louis XIV, Arles, Actes Sud, 1995, 213 p. », CLIO. Histoire, femmes et sociétés [En ligne], no 25, (lire en ligne, consulté le 19 novembre 2012).
↑(en) Michele Cabrini, « The Composer’s Eye : focalizing Judith in the Cantatas by Jacquet de la Guerre and Brossard », Eighteenth Century Music, vol. 9, no 1, , p. 9-45.
↑René Sordes, Histoire de Suresnes : Des origines à 1945, Société historique de Suresnes, , p. 210-215.
Guillaume Loiseleur des Longchamps, Céphale et Procris d’Élisabeth-Claude Jacquet de La Guerre : éléments de présentation, mémoire de maîtrise sous la direction de Georgie Durosoir, université Paris IV-Sorbonne, , 118 p.
collectif (dir. Marcelle Benoît), Dictionnaire de la musique en France aux XVIIe et XVIII siècles, Paris, Fayard, , 811 p. (ISBN978-2-213-02824-8), p. 366