Joseph (Marie Alphonse Nicolas) Jongen est un compositeur et organistebelge né le à Liège et mort à Sart-lez-Spa le . Il est le frère aîné du compositeur Léon Jongen, chef d'orchestre et ancien directeur du Conservatoire de Bruxelles.
Très tôt, les dons de Joseph Jongen sont manifestes et évidents aux yeux de son père, Alphonse Jongen (1843-1927), ébéniste d'art, qui lui enseigne les premiers rudiments et l'encourage, ainsi qu’à ceux d’amis musiciens lors d'exécutions de chorals ou saynètes que son père dirige pour des fêtes de famille ou dans des Cercles d'amateurs à Liège et en province[1],[2].
En 1894 il est couronné par l'Académie royale de Belgique pour son 1er Quatuor à cordes (op. 3), œuvre "d'une maîtrise étonnante chez ce quasi débutant (...) d'une polyphonie riche, subtile" et aussitôt publiée à Leipzig[3].
En 1897, le Premier Grand Prix de Rome lui est décerné pour sa cantate Comala (op. 14). Cette récompense lui permet de réaliser un voyage d’études à l'étranger d’une durée de près de quatre ans, d’ à . Il passe un an et demi en Allemagne, à Berlin où il découvre la musique de Brahms, rencontre Vincent d'Indy et également Richard Strauss qui lui donne des leçons de composition. À Munich où il rédige son Concerto pour violon (op. 17), tandis qu’il occupe le poste de maître de chapelle en 1900 à Bayreuth. Puis, il découvre Vienne et s'établit ensuite huit mois à Paris où il se lie avec différents musiciens français tels Gabriel Fauré et Charles Bordes et devient l'élève de Vincent d'Indy. Il termine son périple par un séjour de huit mois à Rome. Pendant ce voyage fructueux, il a composé plusieurs œuvres importantes : une symphonie (op.15), deux concertos (op. 17 et 18), un quatuor avec piano (op. 23) et d’autres pièces qui témoignent d'une nette maturation de son style.
Photographie de Joseph Jongen, prise dans son appartement de Londres où il vécut de janvier 1915 à janvier 1919.
De retour en Belgique en 1902, Joseph Jongen est nommé en 1903 professeur d'harmonie et de contrepoint au Conservatoire de Liège.
Marié depuis 1909 et père de trois enfants, il emmène les siens en Angleterre[4] pour y passer les années de la Première Guerre mondiale, et participe activement à la vie musicale comme organiste et pianiste au sein du Belgian Quartet dont il est l'un des fondateurs avec le violoniste Désiré Defauw, le violoncelliste Etienne Doehaerd et l’altiste Lionel Tertis.
Dès , Jongen reprend son poste à Liège, puis est nommé en 1920 professeur de fugue au Conservatoire royal de Bruxelles, établissement dont il assume la direction de 1925 à sa retraite en 1939. Durant ce directorat, il invite d'éminentes personnalités musicales étrangères à faire partie de jurys aux concours de fin d'année qui connaissent un grand succès et portent haut et loin la notoriété de l'institution. C’est à ses débuts de directeur de Conservatoire, qu’il compose sa célèbre Symphonie concertante pour orgue et orchestre, op. 81.
De 1919 à 1926, Joseph Jongen dirige les Concerts Spirituels de Bruxelles et exerce une activité de chef de chœur et d'orchestre. Il dirige notamment quelques premières en Belgique comme Le Roi David d’Honegger, Psaume LXVII de Florent Schmitt et Saint-François d’Assise de Malipiero.
Auteur de très nombreuses œuvres, l’art de Jongen est d'une rare distinction et d'une subtilité harmonique qui se tient toujours dans les limites de la tonalité, possède une "patte" reconnaissable dans la sève mélodique souple et rythmée. Il est sans conteste le compositeur le plus doué de sa génération. Ernest Closson dira de lui : On se sent en présence d'un art infaillible, d'œuvres sans fissure, écrites avec une sûreté imperturbable : on reprocherait presque à l'auteur de "ne jamais rien rater".
Représentation de Joseph Jongen par Georges Jamotte. L'œuvre originale est conservée au Conservatoire royal de Bruxelles.
Nombre de ses meilleures œuvres portent l'inscription « Sart-lez-Spa le... ». C’est dans ce petit village ardennais entouré d’une nature fraîche et sauvage, que le compositeur belge possède une seconde résidence et qu’il trouve une source d’inspiration incomparable. Année après année, il accumule tous les genres de la musique pure : un impressionnant catalogue qu’il réduit lui-même à 137 œuvres dont la dernière fut écrite en 1951.
Deux ans plus tard, le , c’est à Sart-lez-Spa qu’il décède, atteint du cancer.
Par la suite, de nombreuses manifestations ont été données en l’honneur du compositeur belge.
En 2003, de nombreux concerts en Belgique ont célébré le cinquantième anniversaire de sa mort. La Bibliothèque royale de Belgique a accueilli l’exposition « Joseph Jongen, une vie de musicien »[5] du au .
En 2013, l’Union du Corps Professoral du Conservatoire royal de Bruxelles[6] a donné le nom du compositeur à son Auditorium Joseph Jongen.
La Bibliothèque du Conservatoire royal de Bruxelles conserve précieusement le Fonds Joseph Jongen[7], rassemblant les manuscrits autographes, la bibliothèque musicale et les archives du compositeur.
Op. 110 Ouverture-Fanfare pour orchestre d'harmonie (1939)
Op. 111 Concertino pour alto et piano (1940)
Op. 112 Alléluia pour orgue et orchestre (1940)
Op. 115 Recitativo et airs de ballet pour clarinette et piano (ou orchestre) (1941)
Op. 117 Ouverture de fête pour orchestre (1941)
Op. 119 Ballade no 2 pour piano (1941)
Op. 121 Prélude et fugue pour orgue (1941-43)
Op. 122 Quatuor de saxophones (1942)
Op. 123 Bourrée dans le style ancien pour piano (ou pour piano à quatre mains, ou pour orchestre) (1942)
Op. 124 Concerto pour flûte, hautbois, clarinette, cor et basson (1942)
Op. 125 Ballade pour harpe (1943)
Op. 127 Concerto pour piano et orchestre (1943) dédié à Eduardo del Pueyo
Op. 128 Aria et Polonaise pour trombone et piano (1943) dédiés à Estevan Dax
Op. 129 Concerto pour harpe et orchestre (1944) dédié à Mireille Flour
Op. 131 Obéron pour solistes et orchestre (1945)
Op. 132 Concertino pour clarinette et piano (1947) dédié à Monsieur de Leye
Op. 133 In Memoriam pour petit orchestre (ou orchestre de chambre, ou piano) (1947)
Op. 135 Trio pour violon, alto et violoncelle (1948) dédié au Trio Pasquier
Op. 136 Ballade pour orchestre (1949)
Op. 137 Trois mouvements symphoniques pour orchestre (1951)
Beaucoup d'autres œuvres n'ont pas reçu de numéro d'opus. Le catalogue de John Scott Whiteley est beaucoup plus complet et reprend même les pièces inachevées et les morceaux composés pour les concours du Conservatoire royal de Bruxelles.
Paul Raspé, Joseph Jongen (1873-1953) : une vie de musicien, Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, Chapelle de Nassau, et Conservatoire royal de Bruxelles, , 151 p. (ISBN2-87093-143-3)
Léon Jongen, Notice sur Joseph Jongen, Bruxelles, Académie royale de Belgique, , 63 p. (lire en ligne)
(en) John Scott Whiteley, Joseph Jongen and his organ music, New York, Pendragon Press, 1997.
↑(de) Joseph Jongen, Quartett C-moll für 2 violinen, viola und violoncell, Leipzig, Ernst Eulenbourg, coll. « Payne » (no 220), , 59 p..
↑Il est invité en Angleterre en 1914 par le mari britannique de sa belle-sœur Hélène, sœur de sa femme Valentine Ziane, qui admirait le compositeur et a fait preuve d’une grande générosité.