La Barbe bleue
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La Barbe-Bleue au château de Breteuil.

Auteur Charles Perrault
Pays Drapeau de la France France
Genre Conte en prose
Éditeur Claude Barbin
Lieu de parution Paris
Date de parution 1697
Couverture Antoine Clouzier, graveur
Chronologie

La Barbe bleue est un conte populaire dont la version la plus célèbre est celle de Charles Perrault, parue en 1697 dans Les Contes de ma mère l'Oye. C'est également le nom du personnage central du récit.

Résumé[modifier | modifier le code]

Un homme riche est doté d'une barbe bleue qui lui donne un aspect laid et terrible. Il a déjà eu plusieurs épouses par le passé, dont on ne sait ce qu'elles sont devenues. Il propose à ses voisines de l'épouser, mais aucune ne le souhaite. Finalement, l'une d'elles, séduite par les richesses de Barbe-Bleue, accepte.

Un mois après les noces, celui-ci annonce à sa femme qu'il doit partir en voyage. Il lui confie un trousseau de clefs ouvrant toutes les portes du château, mais il y a un cabinet où il lui interdit formellement de pénétrer[1]. Curieuse, elle enfreint l'interdit, entre dans la pièce et y découvre les corps des précédentes épouses, accrochés au mur. Terrifiée, elle laisse tomber la clef, qui se tache de sang. Elle essaye d'effacer la tache, mais le sang ne disparaît pas car la clef est magique.

La Barbe-Bleue revient à l'improviste et découvre la trahison de sa trop curieuse femme. Furieux, il s'apprête à l'égorger, comme les précédentes épouses. Ce jour-là, la malheureuse attend la visite de ses deux frères et elle supplie son mari de lui laisser assez de temps pour prier avant de mourir. Le monstre lui accorde un quart d'heure. Pendant ce temps, la sœur de l'infortunée épouse, prénommée Anne, monte au sommet d'une tour d'où elle cherche à voir si leurs frères sont sur le chemin. L'épouse éplorée demande à plusieurs reprises à sa sœur Anne si elle les voit venir, mais cette dernière répète qu'elle ne voit que « le soleil qui poudroie et l'herbe qui verdoie ». La Barbe-Bleue crie et s'apprête à l'exécuter avec un coutelas, la tenant par les cheveux, lorsque les frères surgissent enfin et le tuent à coups d'épée. Elle hérite de toute la fortune de son époux, aide sa sœur à se marier et ses frères à avancer dans leurs carrières militaires. Elle épouse ensuite un honnête homme qui la rend enfin heureuse.

Galerie[modifier | modifier le code]

Illustrations de 1862 de Gustave Doré.


Illustrations de Walter Crane, 1875[2].

Le personnage de la Barbe-Bleue[modifier | modifier le code]

La Barbe-Bleue est à l'origine inspiré de la tradition orale. C'est une variante de l'ogre qui s'attaque à ses femmes successives et aux enfants quand il en a. À la suite de la publication du récit de Perrault, on l'a associé à différents personnages, historiques ou mythologiques :

Le personnage de la Barbe-Bleue inspira nombre d'écrivains, musiciens et cinéastes.

Analyse[modifier | modifier le code]

Selon Bruno Bettelheim, le conte représente de manière déguisée l'infidélité de l'épouse de Barbe-Bleue et le crime commis par un mari jaloux. Cet auteur rappelle que dans La Barbe bleue de Perrault « une grande fête eut lieu dès que le triste héros eut tourné le dos. Il est facile d'imaginer ce qui se passa entre la femme et ses invités en l'absence de Barbe bleue : l'histoire dit nettement que tout le monde prit du bon temps. Le sang sur l'œuf [variante dans un conte de Grimm] et sur la clé, symbolise que les héroïnes ont eu des relations sexuelles. On comprendra donc le fantasme d'angoisse qui leur montre le cadavre des femmes qui ont été tuées en raison de leur infidélité. À l'écoute de ces histoires, on est frappé par le fait que l'héroïne est fortement tentée de faire ce qui lui est interdit. [...] Ainsi, sur un plan qui est facilement obscurci par les détails macabres de l'histoire, Barbe bleue est un conte relatif à la tentation sexuelle. »[5]

Perrault ne fait nullement l'apologie du comportement meurtrier de Barbe-Bleue en réponse à sa femme. La mort de celui-ci peut être perçue comme une condamnation de la démesure avec laquelle il s’emporte[6].

Le thème de la curiosité de l'épouse et de sa désobéissance a pu être rapproché du péché originel d’Ève dans la Bible ou de la boîte de Pandore de la mythologie grecque. La trame générale du conte se rapproche également de certains mythes celtiques[réf. souhaitée]. Le genre littéraire est le conte merveilleux.

Pour le philosophe d'Hooghvorst, le conte a un sens kabbalistique. La barbe bleue, décrite par Perrault comme « si terrible », ferait allusion à la peur bleue, ainsi qu'à « une opération, une expérience, en quelque sorte sensible, physique, dépassant le simple symbole »[7].

Catherine Velay-Vallantin[8] consacre un chapitre de son ouvrage L'Histoire des contes (voir Bibliographie) au conte de La Barbe Bleue, qu'elle met en regard avec deux chansons traditionnelles : Renaud, le tueur de femmes (déjà signalé par Paul Delarue) et La Maumariée vengée par ses frères, connue surtout au Québec. Elle cite en intégralité une version de cette romance, ou complainte, due à François-Paradis de Moncrif, ainsi qu'une autre chanson québécoise sur le même thème, Parle tout haut, parle tout bas (il existe aussi des versions en langue d'oc, quoique moins nombreuses). Elle note que dans certaines variantes italiennes du conte, le héros mange des cadavres[9], même si c'est surtout le côté sadique et déviant sexuel du personnage qui prime ici ; elle s'attache aussi au motif du sang. Certaines versions, notamment bretonnes, font mention d'un enfant assassiné ; Moncrif insiste, lui, sur les facultés « presque magiques » de l'épouse pour apprivoiser les bêtes sauvages (ce qui rapproche sa complainte des versions dans lesquelles c'est un animal qui joue le rôle de Sœur Anne). À la suite de Claude Bremond, Catherine Velay-Vallantin développe encore le thème du mari roturier à l'origine, qui n'a été assimilé à un seigneur que plus tard. Quant à Gilles de Rais, « il est inutile de chercher dans ce fait divers l'origine du conte », ce n'est que par amalgame que les histoires de Barbe-Bleue et de Gilles de Rais ont été assimilées. Enfin, elle étudie un rapprochement entre l'héroïne du conte et une sainte bretonne dont la légende apparaît en 1531, Sainte Tryphine, et dont le mari, Conomor, qui l'avait épousée en l'an 544, aurait été un criminel sanguinaire notoire[10].

Illustration anglaise de 1729.

« Anne, ma sœur Anne »[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Sœur Anne.

L'épouse de Barbe-Bleue menacée de mort demande à plusieurs reprises à sa sœur si elle ne voit rien venir, en commençant par ces mots : « Anne, ma sœur Anne... »

« Anna Soror (“Anne, ma sœur”) est l'apostrophe par laquelle s'ouvre le discours de Didon dès le début du chant IV de l'Énéide de Virgile (Ier siècle avant J.-C) ; cette expression sera reprise sous la forme d'une répétition (Anna soror, soror Anna) dans la 7e Héroïde d'Ovide (Ier siècle av./ apr. J.-C.), avant de passer à la postérité française dans la transposition célèbre de La Barbe Bleue »[11].

Dans l'Énéide, ces paroles ouvrent les confidences de Didon à sa sœur Anna Perenna au sujet de l'amour secret qu'elle éprouve pour Énée et qui la trouble parce qu'elle avait juré fidélité à son défunt mari.

Adaptations[modifier | modifier le code]

Barbe bleue, illustration de l'anglais Edmund Evans, vers 1888.

Arts plastiques[modifier | modifier le code]

Ballets[modifier | modifier le code]

Films[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Le conte est aussi cité dans :

Télévision[modifier | modifier le code]

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Opéras[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

Autres[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Motif codifié C611 (« Forbidden chamber ») par Stith Thompson dans son Motif-Index of Folk Literature.
  2. François Fièvre, « Walter Crane lit Barbe bleue : amour, violence… et politique », Féeries [En ligne], 11 | 2014, mis en ligne le 19 décembre 2015, consulté le 14 juillet 2017. URL : http://feeries.revues.org/939
  3. Henri Weitzmann, Itinéraire des légendes bretonnes, Hachette, , p. 54.
  4. Tatar 2004, p. 16.
  5. http://blog.ac-versailles.fr/lelu/public/Barbe_Bleue/BETTELHEIM.pdf
  6. Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées.
  7. E. d'Hooghvorst, Le Fil de Pénélope, tome I, Paris, La Table d'Émeraude, , 358 p. (ISBN 978-2-903965-41-9), p. 163
  8. Maître de conférences à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales.
  9. Ceci semble dénoter un lien avec le conte méditerranéen et proche-oriental du Maître d'école cannibale.
  10. Velay-Vallantin 1992.
  11. G. Devallet, « Jules Lemaitre en marge de l'Enéide », dans R. Martin (dir. ), Énée et Didon : naissance, fonctionnement et survie d’un mythe, Paris, Centre national de la recherche scientifique, 1990, p. 148-156.
  12. « BARBE BLEUE - Festival de Cannes », sur Festival de Cannes (consulté le 17 septembre 2020).
  13. [1]
  14. « Beards Trilogy : Beards I - Daemonie », sur BOZAR (consulté le 10 février 2021)
  15. « Festival Impatience 2019 : “Les Femmes de Barbe-Bleue” en tête d’un palmarès puissant », sur Télérama,

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Arlette Bouloumié, « La dernière femme de Barbe-Bleue dans les réécritures des mythes au xxe siècle », dans Jacques Boulogne (dir.), Les Systèmes mythologiques : colloque « Les systèmes mythologiques », Université de Lille, 1995, Lille, Presses universitaires du Septentrion, 1997, p. 323-337.
  • Georges Charrière, « Du social au sacré dans les contes de Perrault », Revue de l'histoire des religions, Paris, Presses universitaires de France, t. 197, fascicule n° 2,‎ , p. 159-189 (DOI 10.3406/rhr.1980.5033, lire en ligne).
  • Georges Charrière, « Du social au sacré dans les contes de Perrault (seconde partie) », Revue de l'histoire des religions, t. 197, no 3,‎ , p. 289-315 (DOI 10.3406/rhr.1980.5033, lire en ligne).
  • (en) Meredid Puw Davies, The Tale of Bluebeard in German Literature from the Eighteenth Century to the Present, Oxford, Oxford University Press, 2001.
  • Florence Fix, Barbe-Bleue et l'esthétique du secret de Charles Perrault à Amélie Nothomb, Hermann, 2014, 234 p.
  • (en) Casie E. Hermansson, Bluebeard : A Reader's Guide to the English Tradition, Jackson (Mississippi), University Press of Mississippi, , 304 p. (ISBN 978-1-60473-230-6 et 978-1-60473-231-3, présentation en ligne).
  • Fabienne Raphoz, Les femmes de Barbe-Bleue : une histoire de curieuses, Genève, Éditions Métropolis, , 155 p. (ISBN 2-88340-033-4).
  • Annie Renonciat, « Et l'image, en fin de conte ? : Suites, fantaisies et variations sur les contes de Perrault dans l'imagerie », Romantisme. Revue du XIXe siècle, Paris, CDU-SEDES, no 78 « Le conte et l'image »,‎ , p. 117 (lire en ligne).
  • (en) Nicholas Ruddick, « « Not So Very Blue, after All » : Resisting the Temptation to Correct Charles Perrault's Bluebeard », Journal of the Fantastic in the Arts, International Association for the Fantastic in the Arts, vol. 15, no 4 (60),‎ , p. 346-357 (JSTOR 43308720).
  • (en) Maria Tatar, Secrets beyond the Door : The Story of Bluebeard and His Wives, Princeton (New Jersey) / Oxford, Princeton University Press, , XII-247 p. (ISBN 0-691-12783-2), p. 16.
    Réédition : (en) Maria Tatar, Secrets Beyond the Door : The Story of Bluebeard and His Wives, Princeton / Oxford, Princeton University Press, , 264 p. (ISBN 978-0-691-12783-5, présentation en ligne).
  • Heidmann Ute, « La Barbe bleue palimpseste : comment Perrault recourt à Virgile, Scarron et Apulée en réponse à Boileau », Poétique, no 154,‎ , p. 161-182 (lire en ligne).
  • Catherine Velay-Vallantin, « Barbe-bleue, le dit, l'écrit, le représenté », Romantisme. Revue du XIXe siècle, Paris, CDU-SEDES, no 78 « Le conte et l'image »,‎ , p. 85 ; 88 (lire en ligne).
  • Catherine Velay-Vallantin, L'histoire des contes, Paris, Fayard, , 359 p. (ISBN 2-213-02677-7, présentation en ligne), [présentation en ligne].

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