De 1579 à 1584, il est au service de Sir Henry Cobham, ambassadeur d'Angleterre à la cour de France, à Paris, puis de son successeur, Sir Edward Stafford. Il opte pour le catholicisme[3]. En 1584, il rentre en Angleterre, où il se marie. Il obtient une licence de musique du collège de Christ Church à l'université d'Oxford en 1588.
Il postule en vain pour succéder à John Johnson[4],[5], luthiste de la reine Élisabeth Ire d'Angleterre ; d'après lui, sa candidature aurait été rejetée en raison de sa conversion au catholicisme. Néanmoins, sa conversion n'avait pas été rendue publique et, à l'époque, être catholique n'empêchait pas d'être musicien de cour en Angleterre[6] (c'est notamment le cas de William Byrd). Il séjourne par la suite à Cassel (il bénéficie du mécénat de Maurice de Hesse-Cassel), Venise, Florence et Nuremberg. À la fin de 1596 ou au début de 1597, il rentre à Londres, où il espère cette fois encore être engagé comme luthiste de la cour. Mais son ami et bienfaiteur Henry Noel meurt peu après lui avoir écrit pour lui demander de rentrer à Londres. Il publie en 1597 son First Booke of Songes and Ayres (chansons avec accompagnement au luth).
De novembre 1598 à 1606, il est luthiste à la cour du roi Christian IV de Danemark ; c'est pendant cette période qu'il publie son œuvre la plus célèbre, les Lachrimæ, or Seven Teares (1604), sept pavanes pour cinq violes et un luth, basées sur l'air Flow My Tears(en). Puis il rentre en Angleterre, où il est durant quelques années employé par un courtisan du nom de Theophilus Howard, Lord Walden ; Dowland lui dédie son recueil de chansons A Pilgrimes Solace (1612). Finalement, en 1612, il obtient le poste convoité depuis si longtemps de « musicien pour le luth » (musician for the lute) à la cour royale d'Angleterre. Après cela, il ne compose presque plus. Il reçoit son dernier traitement de musicien de cour le , et est enterré dans l'église St Ann Blackfriars de Londres le suivant.
L'œuvre musicale de Dowland comprend des pièces chantées accompagnées au luth, des psaumes, des œuvres pour luth seul et pour ensemble de violes (« consort of viols ») avec accompagnement de luth.
Son œuvre instrumentale la plus connue, Lachrimæ ou Seaven Teares Figured in Seaven Passionate Pavans ... (Pleurs, ou Sept larmes représentées par sept pavanes passionnées ...) est un groupe de sept pavanes pour cinq violes (donc à 5 parties instrumentales) avec un luth soutenant cette polyphonie, chacune d'entre elles étant fondée sur Flow My Tears (« Coulez, mes larmes »). Cette pièce devint l'une des plus connues de la musique pour ensemble instrumental de cette époque. Sa pavane Lachrymæ antiquæ fut aussi l'un des grands succès du XVIIe siècle.
Les pièces chantées de Dowland traitent de différents thèmes. Musicalement, il s'agit principalement de chants strophiques, plus rarement de pièces à composition continue (durchkomponiert en allemand[7]), c'est-à-dire composées de bout en bout puisqu'on n'y trouve pas les formules simplement reproduites de strophe en strophe. L'accompagnement est en grande partie homophone, enrichi cependant par de nombreux ornements. Quelques airs, comme Flow My Tears ou Oh, sweet woods (« Ô, doux bois ») contiennent aussi des passages polyphoniques à composition continue (durchkomponiert), mais la polyphonie reste dans les limites de ce qui peut être joué au luth. La manière de déclamer le texte le laisse distinct et compréhensible en permanence et les ornements sont utilisés comme éléments expressifs.
Les œuvres instrumentales de Dowland ont une importance particulière. Ses compositions pour ensemble de violes de gambe avec accompagnement de luth marquent dans l'histoire de la musique européenne un premier point culminant dans le développement d'une musique instrumentale indépendante de la voix.
La musique de Dowland exprime souvent la mélancolie, un sentiment très présent dans la musique de cette époque. Il écrivit d'ailleurs une pièce pour consort dont le titre pourrait selon certains résumer son œuvre. Elle est intitulée, en latin : Semper Dowland, semper dolens (Toujours Dowland, toujours souffrant). Cette humeur mélancolique est mise en relief par une harmonisation riche en couleurs et en dissonances.
Ce serait cependant oublier d'autres pièces plus humoristiques, comme My Lord Chamberlain, His Galliard[8] une invention pour deux luthistes jouant sur un seul luth. Elle utilise le rythme de la danse appelée gaillarde.
Cette liste se limite aux compositions publiées par Dowland. Elle est suivie de l'œuvre intégrale pour luth seul, dont les pièces se trouvent dans divers recueils, parfois collectifs.
Dowland publie The First Booke of Songes or Ayres à Londres en 1597. Il s'agit d'un des plus importants et des plus influents recueils de l'histoire de la musique pour luth.
Le recueil contient 21 ayres et songs (chansons) :
Lachrimæ, or Seven Teares, publié en 1604, contient les sept pavanes pour consort de violes et luth du Lachrimæ et 14 compositions supplémentaires pour la même formation, dont le célèbre Semper Dowland semper Dolens.
Dernière publication de John Dowland, A Pilgrimes Solace paraît en 1612 et contient des madrigaux plus que de simples ayres. Le contrepoint est nettement plus présent ici que dans les recueils antérieurs.
La musique de Dowland est un thème récurrent des livres de science-fiction de Philip K. Dick. Elle est aussi mentionnée à de nombreuses reprises dans Le Temps où nous chantions de l'auteur américain Richard Powers. L'écrivain japonais Haruki Murakami dans 1Q84 fait également allusion à ce compositeur.
↑Peter Holman (avec Paul O'Dette), "John Dowland", Grove Music Online.
↑W. H. Grattan Flood, The Gentleman's MagazineMM, Volume 301 (1906), pages 287 à 291. Voir également Diana Poulton, John Dowland, University of California Press (1982)
↑Ouvrage collectif, sous la direction de Marc Vignal, Dictionnaire de la musique, Paris, Larousse, , 882 p. (ISBN9782035113061), Page 241
↑(en) Hannu Annala, Heiki Mätlik, Handbook of Guitar and Lute Composers, Mel Bay Publications, 2010, p. 26.
↑Paul O'Dette, 2002, notice du CD The Royal Lewters de Paul O'Dette
↑(en) Douglas Alton Smith, A History of the Lute from Antiquity to the Renaissance, The Lute Society of America, 2002, p. 275.
(en) A History of the Lute from Antiquity to the Renaissance par Douglas Alton Smith, publié par la Lute Society of America (2002) (ISBN0-9714071-0-X)
(en) The Lute in Britain: A History of the Instrument and its Music par Matthew Spring, publié par Oxford University Press (2001).
(de) Text und Musik bei John Dowland. Eine Untersuchung zu den Vokalkompositionen des bedeutendsten Lautenvirtuosen der englischen Renaissance par Christian Kelnberger, 2e édition, Stutz, Passau 2004, (ISBN3-88849-207-6), (également: München, Univ., Diss, 1999).