Généralement, on entend par musique ancienne la musique composée avant le XVIIIe siècle. Il s'agit aussi d'un mouvement général de conception de la musique et de son interprétation.
Les questions qui se posent concernent la période couverte par le terme de "musique ancienne", les caractéristiques de cette musique et les interprétations/réinterprétations contemporaines qui en sont faites.
Il est courant d'associer le terme de « musique ancienne » aux périodes musicales suivantes :
Une autre définition met en avant la discontinuité, ou interruption dans la transmission, de la tradition musicale plutôt qu'une date, même approximative, qui ne peut être que symbolique. Ainsi Philippe Beaussant remarque que la musique de Beethoven a été pratiquée, écoutée et appréciée de façon continue depuis qu'elle a été composée ; de ce fait, les pratiques d'interprétation et la façon de la recevoir se sont transmises de maître à disciple depuis deux siècles ; au contraire, celles de compositeurs tels que Lully ou même Bach, ont subi une éclipse de longue durée au cours de laquelle cette transmission vivante s'est interrompue. Le corollaire est que l'interprétation moderne de cette musique ne peut être restituée que par une recherche dont rien n'assure qu'elle soit fidèle à 100 % à l'original perdu. Cette définition n'est cependant pas applicable à l'ensemble de la musique ancienne pour deux raisons :
Sur une période aussi large, il est difficile de parler de certaines caractéristiques sans que ce choix n'apparaisse arbitraire et réducteur. On peut cependant mettre en avant que :
Comme il est dit plus haut, l'interprétation d'une grande partie de cette musique a été interrompue pendant un temps variable (d'une dizaine d'années à plusieurs siècles), forçant le musicien actuel à se poser la question de ce que pouvait être l'interprétation de l'œuvre au moment de sa création. Les premières réinterprétations de Jean-Sébastien Bach par Felix Mendelssohn ou Robert Schumann ont été faites avec des arrangements dans le style du XIXe siècle. Puis est venue l'idée de jouer en utilisant les « instruments d'origine », avec toute la difficulté de trouver ce type d'instrument ou de les recréer, et son aspect limité puisque ce concept est inapplicable à la musique vocale. Ensuite s'est développé le concept d' « interprétation fidèle », lui aussi difficilement applicable parce qu'il requiert de connaître l'interprétation originale (souvent perdue) et qu'il préjuge que le compositeur avait une volonté d'interprétation précise. Aujourd'hui, la recherche d'une fidélité bien souvent illusoire fait place à la volonté d'approcher le contexte de l'époque en combinant les connaissances historiques et musicologiques les plus récentes. Les musicologues anglo-saxons parlent de "historically informed performance" (HIP)[1], qu'on peut traduire par "interprétation basée sur des sources historiques". Plus modeste dans ses ambitions mais faisant toute sa place aux connaissances historiques les plus actuelles, ce concept, en refusant les stéréotypes contemporains concernant la précision musicale et la fixité des interprétations, laisse une large part de liberté aux musiciens intéressés par la musique ancienne.