L'accordage, ou l'accord[1], est l'action d'accorder un instrument de musique, c'est-à-dire son réglage pour en obtenir les notes désirées[2]. L'accord se fait par la modification de la tension d'une corde, d'une membrane, de la longueur d'un tuyau, etc. Selon l'instrument concerné, celui-ci peut être effectué par le musicien lui-même (guitare, flûte, hautbois, clavecin, harpe…) ou par un spécialiste, appelé par exemple « accordeur » pour le piano ou « harmoniste » pour l'orgue. L'accordage d'un instrument se fait soit à l'oreille, soit à l'aide d'un diapason ou d'un accordeur, et peut s'étendre d'un instrument seul à tout un ensemble.
Étymologiquement, l'accord est le résultat, et l'accordage est l'action de construire cet accord.
L'action qui réalise l'accord d'un instrument a deux synonymes en français : « accordage » et « accordement »[3].
La réalisation de l'accord se fait selon un système d'accord (ou tempérament).
L'accord peut être réalisé en référence à une « fréquence étalon », par exemple le la du diapason. Il serait plus juste de parler du la « d'un » diapason, puisque, si actuellement la fréquence de celui-ci est conventionnellement fixée à 440 Hz, par le passé le diapason n'était pas fixé, ou seulement en un lieu précis : il en résulte que certaines œuvres de musique ancienne et certains instruments peuvent préférer l'emploi d'un diapason différent.
L'accord des instruments à sons fixes se conforme selon le type de musique, l'époque, le lieu, à un système d'accord spécifique.
Les cordes d'un violon, de la plus grave à la plus aiguë, sont accordées à la quinte de la manière suivante : sol, ré, la et mi. Écouter les cordes à vide ; écouter comment on accorde un violon désaccordé. On peut cependant accorder le violon autrement pour obtenir un effet, la scordatura par exemple.
Les cordes d'un alto, de la plus grave à la plus aiguë, sont accordées à la quinte de la manière suivante : do, sol, ré et la. À noter que les cordes sol, ré et la sont les mêmes que celles du violon
Les cordes d'un violoncelle, de la plus grave à la plus aiguë, sont accordées à la quinte de la même manière qu'un alto mais une octave plus bas : do, sol, ré et la.
Les cordes d'une contrebasse, de la plus grave à la plus aiguë, sont accordées de la manière suivante : mi, la, ré et sol.
Les cordes d'un basse électrique, de la plus grave à la plus aiguë, sont accordées le plus souvent en mi standard : mi, la, ré et sol. Il s'agit du même accordage que la contrebasse vu précédemment et que la guitare sans les 5e et 6e cordes quand celle-ci est en mi standard. Il existe d'autres formes d'accordage notamment en mi bémol standard ou drop D par exemple.
L'accordage standard d'une guitare à six cordes, de la plus grave à la plus aiguë (de 6 à 1), est : Mi La Ré Sol Si Mi (E A D G B E). Les cordes consécutives d'une guitare sont donc accordées à la quarte juste (deux tons et un demi-ton diatonique) à l'exception de l'écart entre la 3e et la 2e corde où c'est une tierce majeure (deux tons).
Bibliographie:
| Corde | Note | Notation anglophone | Fréquence |
|---|---|---|---|
| 1 (la plus fine) | Mi 3 | E 4 | 329,6 Hz |
| 2 | Si 2 | B 3 | 246,9 Hz |
| 3 | Sol 2 | G 3 | 196 Hz |
| 4 | Ré 2 | D 3 | 146,8 Hz |
| 5 | La 1 | A 2 | 110,0 Hz |
| 6 (la plus grosse) | Mi 1 | E 2 | 82,4 Hz |
En pratique, pour obtenir une guitare dont les cordes sont accordées les unes par rapport aux autres, il faut que :
Un autre moyen d'accordage particulièrement efficace sur guitare électrique consiste à faire sonner les harmoniques. On accorde premièrement la corde de La (5e) à l'aide d'un diapason ou accordeur.
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Pour une explication plus détaillée, voir sur wikibooks : Accorder sa guitare
La guitare se prête particulièrement à la pratique de la scordatura, courante déjà dans la musique pour luth, et qui présente notamment l'intérêt de faciliter l'usage des cordes à vide, qui peuvent alors constituer un accord ouvert.
Cependant, les musiciens désigneront les notes comme si l'accordage était standard. On peut l'utiliser pour plusieurs raisons : avoir un son plus lourd, être plus facilement en harmonie avec la tessiture du chanteur ou des cuivres (souvent en Si bémol ou Mi bémol). Exemples : Black Sabbath, Slayer, Motörhead
Cet accordage est majoritairement utilisé dans les musiques à consonance celtique (musique bretonne, musique irlandaise) et parfois aussi pour une certaine consonance orientale/indienne (écouter le morceau Kashmir de Led Zeppelin (Physical Graffiti, 1975)). Sur le morceau The End des Doors, Robbie Krieger est accordé ainsi.
L'accordage standard d'une basse quatre cordes, de la plus grave à la plus aiguë, est : Mi La Ré Sol (E A D G). Cet accordage est très répandu dans tous les styles de musique. Tout comme pour la guitare, il existe des alternatives :
Les basses à cinq cordes comportent une corde plus grave, souvent accordée en Si grave : Si Mi La Ré Sol (B E A D G). Parmi les utilisateurs de basses cinq cordes, on peut citer Robert Trujillo actuel bassiste de Metallica, Fieldy de Korn, Jason Newsted de Voivod et Nathan East de Fourplay.
Les basses à six cordes comportent une corde plus aiguë, souvent accordée en Do : Si Mi La Ré Sol Do (B E A D G C), ce qui diffère avec l'accordage d'une guitare, où la corde équivalente (plus aiguë que le Sol) est accordée en Si (le fait de l'accorder en Do permet de garder un écart constant de quarte entre deux cordes, alors que l'accorder en Si crée une rupture, avec un écart de tierce majeure entre le Sol et le Si). Parmi les adeptes de la basse à six cordes, on peut citer John Myung de Dream Theater, Anthony Jackson et John Patitucci.
Le banjo 5 cordes s'accorde sur le principe de l'Accordage ouvert. La spécificité de ce type de banjo est que la corde la « plus haute sur le manche » est la plus aiguë. Voici trois exemples d'accordages du banjo 5 cordes :
Le banjo ténor ne compte que 4 cordes, accordées do2, sol2, ré3, la3 comme l'alto (cordes frottées). On trouve également, chez les banjoïstes irlandais ou écossais l'accordage sol, ré, la, mi, soit une quinte plus haut (comme le violon) dans le cas du banjoline — de la taille d'une mandoline —, soit une quarte plus bas.
Accorder un piano est une opération difficile et nécessite l'intervention d'un accordeur professionnel. L'emploi d'accordeurs simples ne permet pas l'obtention d'un accord correct au piano en raison des distorsions provoquées par l'inharmonicité des cordes. De ce fait incontournable, les fréquences théoriques d'un tempérament quelconque ne peuvent y être appliquées sous peine de vitesses de battements d'intervalles du tempérament choisi non respectées, lesquelles sont les seules vraiment perçues par l'oreille humaine qui ne tient aucun compte des fréquences isolées des sons fondamentaux (1ers partiels) pour analyser la hauteur et la couleur d'un son musical.
Devant ces constats, au fil des décennies les accordeurs et facteurs de piano ont élaboré dans le secret des ateliers, un certain nombre de stratégies acoustiques pour combattre et contourner les effets perturbateurs de l'inharmonicité sur les vitesses de battement des intervalles; lesquels ne présentent pas les rapidités calculées et ceci d'autant plus lorsque les longueurs de cordes sont réduites (cas des petits pianos droits).
De plus une grande expérience par rapport aux réactions des cordes à la rotation des chevilles, très variables en fonction de l'âge et de la facture du piano, est nécessaire pour obtenir une bonne stabilité de l'accord.
Pour la réalisation de la partition, cellule essentielle, clef de voûte de l'accord de tout instrument à sons fixes (piano, orgue, clavecin, accordéon, harmonium, etc.), l'écoute et la comparaison des battements d'intervalles de quintes, quartes, tierces, sixtes accordés dans un certain ordre indiqué par l'expérience, combinées à certaines pratiques personnelles (lesquelles n'ont pas forcément cours de façon homogène au sein de l'ensemble des ateliers ou usines de facteur de pianos), permettent aux accordeurs expérimentés d'arriver à un calibrage très sûr, sans le moindre appareillage ni logiciel d'accord, des hauteurs de notes constituant la gamme.
Le piano est, dans la majorité des cas, accordé au tempérament égal. Mais, comme énoncé en début de ce paragraphe, il s'agit de la version acoustique de ce tempérament et non de la version fréquentielle lesquelles divergent plus ou moins considérablement en présence d'inharmonicité. En effet toute mesure de fréquences effectuée sur un piano, après son accord par un technicien expérimenté, montrera des décalages en regard des fréquences calculées de ce tempérament ce qui est strictement normal dès qu'on tient compte des effets, pris au sens large, de l'inharmonicité des cordes. De plus des phénomènes d'influence des chevalets et de la table d'harmonie, viennent modifier les fréquences produites, principalement dans la tessiture grave du piano. Ce qui explique de nombreuses divergences de vue, à la suite de ces mesures, quant à la réalisation réelle du tempérament égal au piano.
Comment accorder un piano (cf [PIE]) :
Une Quinte a un rapport de Fréquence de 3/2. Ainsi, le second Harmonique du sol a la même Fréquence 3f que le troisième Harmonique du do de Fréquence Fondamentale f. Si do et sol sont un peu désaccordés, ces Harmoniques produiront un Battement audible quand les deux Notes seront jouées ensemble. En accordant le sol pour faire disparaître le Battement avec le do, on s'assure que la Fréquence Fondamentale du sol est exactement 3/2 de celle du do, soit une Quinte parfaite. Les autres Notes peuvent être, elles aussi, accordées de cette façon.
Autre rapport intéressant : une Quarte a un rapport de Fréquence de 4/3. Ainsi, le troisième Harmonique du fa devrait avoir la même Fréquence 4f que le quatrième Harmonique du do (qui est le do situé deux Octaves au-dessus du premier do).
Les accordeurs de piano ont une méthode systématique : - Ils accordent d'abord les Intervalles à l'intérieur d'une même Octave pour obtenir un nombre fixé de Battements par seconde conduisant à la Gamme tempérée. - Une fois que ces douze Notes sont accordées, ils accordent ensuite toutes les autres par la méthode des Octaves, sans Battements. Toute Note du piano prise isolément a en effet son second Harmonique 2f situé une Octave plus haute que le son Fondamental f de la Note. Pour chaque Octave, ils écoutent alors les Battements entre le second Harmonique de la Note du bas et la Fondamentale de la Note du haut. Quand le Battement disparaît, l'Octave est juste.
À noter que les pianos sont souvent accordés avec des Octaves élargies, parfois en raison de la raideur des cordes qui s'ajoute à l'effet de tension, parfois parce que le pianiste préfère le Timbre plus brillant qui en résulte.
Il s'agit là des accordages les plus couramment rencontrés.
Certaines percussions comme les timbales peuvent s'accorder, suivant la tonalité souhaitée. Par extension, le réglage de la tension des peaux d'un tambour, est appelé accordage, même si ce réglage se base sur des considérations peu précises quant aux fréquences.
John R. Pierce, Le son musical - Musique, acoustique et informatique, Pour la Science, Diffusion Belin, 1984, (ISBN 2-902918-35-6)