En mathématiques, l'inégalité de Cauchy-Schwarz (ICS), aussi appelée inégalité de Schwarz[1], ou encore inégalité de Cauchy-Bouniakovski-Schwarz[2], se rencontre dans de nombreux domaines tels que l'algèbre linéaire, l'analyse avec les séries et en intégration.
Cette inégalité possède de nombreuses applications, comme le fait d'établir l'inégalité triangulaire montrant que la racine carrée de la forme quadratique associée au produit scalaire est une norme, ou encore que le produit scalaire est continu. Elle fournit des justifications ou des éclairages dans des théories où le contexte préhilbertien n'est pas central.
Pour la première démonstration, qui est la plus connue, on suppose que le nombre ⟨x, y⟩ est un réel.
On peut se ramener à cette situation (si ⟨x, y⟩ n'est pas un nombre réel) en multipliant le vecteur x (ou y) par un nombre complexe convenable de module égal à 1 (par exemple ). Ceci étant, ⟨x, y⟩ devient réel sans changer de module ; ║x║ et ║y║ ne varient pas non plus[5].
Comme y est non nul et le produit scalaire défini, ║y║2 est non nul également. Par construction, cette fonction polynomiale du second degré est positive ou nulle pour tout réel t. On en déduit que son discriminant est négatif ou nul :
d'où l'inégalité de Cauchy-Schwarz.
Une démonstration plus directe, valable aussi bien dans le cas complexe[6] que réel et qui n'utilise pas le discriminant, est de définir pour tout scalaire t,
de poser[7]
,
et d'utiliser que
.
(Ce t0 n'est autre que la valeur en laquelle P atteint son minimum, mais cette propriété n'est pas utilisée.)
Si y est non nul, un calcul direct permet de voir que pour λ = ⟨x, y⟩/║y║2, les vecteurs λy et x – λy sont orthogonaux[7].
Alors, par le théorème de Pythagore, on a :
qui donne l'inégalité souhaitée.
Cette démonstration consiste en fait[8] à calculer la norme du projeté orthogonal du vecteur x sur la droite vectorielle engendrée par y. L'égalité correspond donc au cas où x et y sont linéairement dépendants.
Dans l'espace euclidien ℝn muni du produit scalaire usuel, où et , une autre possibilité que les démonstrations générales ci-dessus est de déduire l'inégalité (et le cas d'égalité) d'une identité très similaire à celle de la variante géométrique, l'identité de Lagrange, qui s'écrit :
Par ailleurs, l'espace euclidien ℝ2 s'identifie au plan complexe, muni du produit scalaire ⟨u, v⟩ = Re(uv), dont la norme associée est le module. L'inégalité de Cauchy-Schwarz et le cas d'égalité correspondent alors à deux propriétés élémentaires : et .
L'inégalité de Cauchy-Schwarz a des applications importantes. Elle permet notamment de montrer que l'application est une norme car elle vérifie l'inégalité triangulaire. Une conséquence est que le produit scalaire est une fonctioncontinue pour la topologie induite par cette norme.
Elle permet également de définir l'angle non orienté entre deux vecteurs non nuls d'un espace préhilbertien réel, par la formule :
Dans le cas de l'espace euclidien ℝn muni du produit scalaire canonique, l'inégalité de Cauchy-Schwarz s'écrit :
L'inégalité de Cauchy-Schwarz est aussi un outil fondamental de l'analyse dans les espaces de Hilbert. Grâce à elle, on peut construire une injection d'un espace préhilbertien E dans son dual topologique : pour tout vecteur y, la forme linéaire qui à x associe ⟨x,y⟩ est continue, de norme égale à celle de y. Ceci permet d'énoncer le théorème de représentation de Riesz selon lequel si E est un espace de Hilbert alors cette injection est un isomorphisme. On la retrouve aussi dans le théorème de Lax-Milgram.
Cependant, ses applications peuvent sortir du cadre strict de l'analyse dans les espaces de Hilbert. En effet elle se retrouve parmi les ingrédients utiles à l'inégalité de Paley-Zygmund en théorie des probabilités et du traitement du signal. En théorie des probabilités toujours, dans l'espace des variables aléatoires admettant un moment d'ordre 2, l'inégalité de Cauchy-Schwarz fournit l'inégalitéqui compare l'espérance du produit de deux variables aléatoires au produit des espérances de leurs carrés[10]. Elle permet d'établir que le coefficient de corrélation de deux variables aléatoires est un réel compris entre –1 et 1[11].
En physique, l'inégalité de Cauchy-Schwarz joue un rôle important dans le principe d'incertitude d'Heisenberg et a pris place dans le débat sur l'hypothèse des quanta de lumière ; il est aussi connu sous le nom de relation de Robertson-Schrödinger. En relativité, il sert à démontrer que tous les vecteurs du genre temps orientés vers le futur ont pour image un vecteur du même type (du genre temps orienté vers le futur) par une transformation de Lorentz si et seulement si cette transformation est orthochrone.
L'inégalité seule est vraie dans le contexte un peu plus général d'un semi-produit scalaire (c.-à-d. sans supposer que la forme quadratique associée est définie), en notant encore ║∙║ la semi-norme associée :
Pour démontrer ce théorème 2, il suffit[12] de reprendre la preuve de l'inégalité du théorème 1 ci-dessus, en traitant à part le cas ║y║ = 0 (qui peut arriver ici car la forme quadratique n'est pas forcément définie). Dans ce cas, la positivité de P(t) rend nul ⟨x, y⟩ et l'inégalité tient aussi.
Cette inégalité fournit le corollaire suivant.
Corollaire[12] — Pour qu'une forme bilinéaire symétrique positive (resp. une forme hermitienne positive) soit définie, (il faut et) il suffit qu'elle soit non dégénérée.
En effet, si la forme ⟨⋅, ⋅⟩ est positive et non dégénérée et si x est un vecteur de semi-norme nulle, le théorème 2 montre que pour tout vecteur y on a ⟨x, y⟩ = 0 donc, par non dégénérescence, x = 0.
↑Augustin Louis Cauchy, Œuvres 2 III, 1821, p. 373.
↑(de) Hermann Amandus Schwarz, « Über ein die Flächen kleinsten Flächeninhalts betreffendes Problem der Variationsrechnung », Acta Societatis scientiarum Fennicae, vol. 15, , p. 318 (lire en ligne).
↑A. Kirillov(en) et A. Gvichiani, Théorèmes et problèmes d'analyse fonctionnelle, Mir, 1982, p. 88.
↑ a et bDans le cas préhilbertien complexe, cela suppose que le produit scalaire hermitien est linéaire à gauche et semi-linéaire à droite ; dans le cas contraire, il faut remplacer par dans l'expression.
↑f et g sont vues comme éléments de l'espace de Lebesgue L2 ou ℒ2, selon qu'on applique le théorème 1 énoncé en début d'article ou le théorème 2 du paragraphe Généralisation.
↑[PDF] Francine et Marc Diener, Chapitre 5 Expression et mesure de l'interdépendance, p. 27 [lire en ligne].
↑[PDF] Laurent Albera, Résumé de cours en calcul des probabilités (JJ bellanger), université de Rennes I, III Espérance mathématique, p. 6-7 [lire en ligne].
↑ ab et cRoger Godement, Cours d'algèbre, Hermann (1966) p. 476-477 (Selon cet auteur, l'inégalité de Cauchy-Schwarz n'est pas le théorème 1 — qu'il ne mentionne même pas — mais le théorème 2.)