La cinétographie Laban est un système d'écriture pour le mouvement publié en 1928[1] par le danseur et pédagogue hongrois Rudolf Laban (1879-1958). Il existe d'autres systèmes d'écriture du mouvement tels que la Notation Benesh , la Notation Conté ...
C'est l'une des principales inventions de Rudolf Laban visant à doter la danse d'outils scientifiques. Il développera également la Choreutique (harmonie du corps dans l'espace) et l'Eukinétique (étude de la dynamique du mouvement), disciplines plus largement rassemblées aujourd'hui sous le nom de Laban Movement Analysis. Depuis 1959, la cinétographie Laban est coordonnée au sein d'une organisation internationale à but non lucratif : l'International Council of Kinetography Laban.
Les principaux contributeurs au développement de la cinétographie sont Albrecht Knust en Allemagne puis par Ann Hutchinson Guest en Angleterre et aux États-Unis. La notatrice hongroise Maria Szentpál ou la notatrice anglaise Valerie Preston-Dunlop ont également grandement participé à son rayonnement. À sa publication, ce système est appelé Kinetographie Laban. En 1930 est publiée la première traduction anglaise et française de Schrifttanz, appelée Script Dancing en anglais et La Danse écrite en français. Le système y est nommé "the Laban system of Kinetography" en anglais et "cinétographie Laban" en français.
Plus tard, dans les pays anglosaxons, le nom de Labanotation se répand sous l'influence d'Ann Hutchinson, notamment grâce à ses nombreuses publications[2],[3].
En raison de l'impossibilité de communiquer entre spécialistes pendant la seconde guerre mondiale, il s'est développé deux courants ayant quelques règles spécifiques malgré des principes fondamentaux communs : un courant "KIN" - pour Kinetography (plutôt européen à l'origine) et un courant "LAB" - pour Labanotation (plutôt anglo-saxon). Des règles spécifiques ont aussi vu le jour en Hongrie en raison de l'isolement du pays dû à la guerre froide.
En France, des premiers stages de notation ont lieu à Paris à l'École supérieure d'études chorégraphiques (ESEC) dirigée alors par Théodore d'Erlanger. Ils ont lieu en 1958 et 1959 et sont dispensés par Diana Baddeley, ancienne élève et assistante d'Albrecht Knust. Jacqueline Challet-Haas, alors élève à l'ESEC, part en Allemagne en 1960 pour suivre l'enseignement de Knust. Elle revient après une courte formation intensive en cours particuliers auprès de Knust et enseigne la cinétographie à l'ESEC de 1961 à 1986. Elle introduit ensuite la cinétographie dans 2 tous nouveaux départements danse créés à l'Université Paris IV (en 1984) et à l'Université Paris VIII (en 1988).
Gilberte Cournand, célèbre mécène et critique de l'époque, échange avec Jacqueline Challet-Haas sur le développement à venir d'un département des études chorégraphiques au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris. Après la mort de Jacques Garnier, le leader du projet, Quentin Rouillier (son successeur et directeur des études chorégraphiques jusqu'en 1999) valide dès 1990 la création d'un cursus spécifique en cinétographie Laban dirigé par Jacqueline Challet-Haas.
Créé en 1959 peu après la mort de Laban, l'International Council of Kinetography Laban se réunit en congrès tous les deux ans afin que les chercheurs et praticiens de ce système d'écriture puissent partager leurs expériences. Cette organisation a pour vocation l'unification et la pérennité du système, notamment en raison des divergences KIN/LAB nées pendant la seconde guerre mondiale (voir plus haut).
Si les principes qui régissent ce système d'écriture n'ont guère évolués depuis les années 1970, l'organisation du congrès biennal reste une priorité afin que les spécialistes puissent exposer leurs questions et sujets de recherche, présenter leurs publications ou les travaux de création effectués à partir de la notation.
Ce congrès, qui donne lieu l'année suivante à la publication d'un compte-rendu (Proceeding), se déroule en alternance en Amérique, en Europe et en Asie.
En 2015, cette organisation compte une centaine de membres provenant de plus de 25 pays[4].
S'il est principalement utilisé dans le domaine de la danse, ce système d'écriture trouve aujourd'hui des applications dans d'autres disciplines s'intéressant au mouvement humain ou anthropomorphe, comme l'éducation, l'anthropologie, les pratiques somatiques ou la recherche [5].
Après avoir étudié très minutieusement les lois de la cinétique humaine ainsi que les essais antérieurs d'écriture de la danse, Rudolf Laban a construit son système autour de quatre règles fondamentales traduites en quatre questions [6]:
Des symboles sont placés le long d'une portée verticale qui se lit de bas en haut. La ligne verticale centrale renvoie à l'axe longitudinal du corps et rappelle à la fois sa situation verticale et son lien avec la gravité. Les symboles inscrits le long de cette ligne centrale correspondront donc aux appuis au sol (la plupart du temps, les pieds) ; tout ce qui est inscrit à droite de la portée renverra à la moitié droite du corps, et tout ce qui est inscrit à gauche renverra à la moitié gauche.
Les principaux symboles sont les signes de direction, tous dérivés du signe "en place" (le symbole le plus au centre dans le graphique ci-contre).
Un même signe de direction indique à la fois :
Le placement des signes sur la portée donne la simultanéité des mouvements (lecture horizontale) et leur succession (lecture verticale) et répond donc à la question Quand cela se produit-il?
Les distances, les relations avec des partenaires ou avec des objets, les micro-mouvements ou encore le dessin des déplacements au sol sont indiqués par des signes spécifiques.