Claude Ballif
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Portrait

Naissance
Paris, Drapeau de la France France
Décès (à 80 ans)
Poissons, Drapeau de la France France
Activité principale Compositeur
Style Classique
Maîtres Olivier Messiaen
Distinctions honorifiques Grand Prix musical de la ville de Paris (1980)
Grand Prix national de la musique (1999)

Claude Ballif, né le à Paris, mort le à Saint-Dizier et enterré à Poissons, est un compositeur français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né d'un père militaire et d'une mère issue d’une famille de maîtres de forge, Claude Ballif, cinquième enfant d'une fratrie de dix, grandit dans un milieu cultivé (il est le neveu de l'helléniste André-Jean Festugière).
Il commence ses études musicales avec le violon, à l’âge de six ans. Les trois écossaises de Chopin et surtout le Prélude à l'après-midi d'un faune de Debussy sont les premières œuvres qui le marquent (il les possédait en disque). À l’âge de 13 ans, il suit son père à Madagascar. Il y reste trois ans et rentre en 1940 à Bordeaux. Il s’inscrit deux ans plus tard, à 18 ans, au conservatoire : ses parents qui n’étaient pas particulièrement favorables à son choix de devenir musicien finissent par l’accepter. À 24 ans, deux ans après son premier opus, "Cendres", il entre au Conservatoire national de musique de Paris où il étudie notamment avec Olivier Messiaen et Tony Aubin. Mais il ne s’y sent pas à l’aise : son caractère indépendant (qu’il conservera toute sa vie) le pousse à quitter de lui-même et sans diplôme cette institution. À 28 ans, il rencontre Fred Goldbeck, qui l'incite à demander une bourse D.A.A.D.[1] pour achever ses études au conservatoire de Berlin : il l’obtient dans sa trentième année. Il achève pendant cette période de rédiger L’introduction à la métatonalité. Il sort à 31 ans diplômé en composition du conservatoire de Berlin, ayant suivi les cours de Boris Blacher et Josef Rufer. Il obtient la même année le premier prix de composition du concours international de Genève pour Lovecraft et son Premier quatuor à cordes. Il commence à suivre l’année suivante, et pendant trois ans, les cours d’été de Darmstadt, où il fréquente John Cage, Pierre Boulez, Luigi Nono, Luciano Berio et Karlheinz Stockhausen.

Il rencontre alors Jean Wahl et commence ses conférences au Collège Philosophique pour une durée de cinq ans. En 1959 Il intègre parallèlement le Groupe de recherches musicales (GRM), dirigé par Pierre Schaeffer, où il réalise pour bandes magnétiques Etudes au ressort et Points-Mouvement et y rencontre Iannis Xenakis, François Bayle, Ivo Malec et Bernard Parmegiani . Il commence parallèlement ses premiers "Solfeggietti". À 39 ans, il est nommé professeur d’histoire de la musique et d’analyse à l’École normale de musique. Il se marie avec Elisabeth, elle aussi fille de militaire, et quitte le GRM. Deux ans plus tard, il est nommé au conservatoire de Reims. En 1965, Hermann Scherchen créé sa pièce symphonique A Cor et à Cri au théâtre des Champs-Elysées. Il fête ses 44 ans pendant les événements de mai 68. Il rencontre cette année-là Ivan Wyschnegradsky,avec qui il va approfondir l'utilisation des micro-intervalles avec les quarts de tons et sur qui il consacre un numéro spécial de La Revue Musicale. Il publie son ouvrage sur Berlioz. Il est nommé professeur d'Histoire de la musique au Centre Universitaire Experimental de Vincennes à Paris, où enseigne aussi son ami, le musicologue et philosophe Daniel Charles. Il renonce peu après.

En 1971, il est nommé à 47 ans professeur d'analyse au Conservatoire national supérieur de musique de Paris. Il obtient trois ans plus tard le prix Honegger pour sa symphonie mystique (oratorio) La vie du monde qui vient. Il commence à 52 ans, à la suite d'invitations, une série de voyages pour enseigner la composition dans les plus prestigieuses universités du monde (Harvard, Pékin…). Pour lui, l’oreille voyage et cherche un « orient » parmi sons et bruits.

À 58 ans, il est nommé professeur associé de composition au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, poste qu'il conservera jusqu’à sa retraite. À 60 ans, il est le « compositeur de l’été » du Festival estival de Paris et entame une série de séjours dans différentes villes. Il quitte le Conservatoire national supérieur de musique de Paris à 66 ans en 1990 et ouvre une classe de composition et d’analyse au conservatoire de Sevran. Il occupera ce poste pendant dix ans. À 77 ans, en 2000 il prend la direction du « département de la musique » pour le compte du gouvernement Vénézuélien et fait des séjours au Vénézuela où il créera son quatrième concert symphonique pour flûte & orchestre (commande de l’Orchestre Simon Bolivar, Caracas), Un délire de dédales. Atteint d'un cancer, en 2001, il ne pourra terminer sa dernière pièce symphonique, Au Clair de la lune bleue, créée en 2006, après sa mort en 2004.

Prix[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Sa musique[modifier | modifier le code]

L'écriture de Claude Ballif est le fruit d'une savante combinaison de la tonalité (au sens le plus large, comme chez Bartók par exemple) et d'une forme personnelle du sérialisme. Il appelle ce système la métatonalité, système sans esprit de système car il offre la possibilité d'utiliser et de combiner les grands systèmes harmoniques d'écriture (tonal, modal, sériel), sans pour autant que cela soit obligatoire. Ce système permet aussi l'utilisation de micro-intervalles et peut servir de méthode d'analyse très efficace.

Ballif fut pendant près de vingt ans professeur d'analyse et de composition au Conservatoire national supérieur de musique de Paris. C'est grâce à ce travail d'analyse qu'il peut comprendre et développer les différents systèmes harmoniques de la musique de tradition européenne. Sa métatonalité est une théorie qui englobe la tonalité tout en permettant une écriture sérielle[2]. Ce n'est pas un système d'écriture atonal (Ballif disait que l'atonalité pure n'est possible qu'en théorie car en pratique, le cerveau humain cherche toujours à hiérarchiser ce qu'il perçoit d'une manière ou d'une autre). Pour lui, le mouvement nécessite, pour être compris, que l'on ait un point de repère, au moins passager : dans le système tonal, c'est la tonalité ; dans la plupart des musiques modales, c'est le bourdon ou la finale ; dans la métatonalité, c'est l'orient (une note référence). Mais la possibilité — comme chez Debussy par exemple — de « noyer » momentanément le ton (ici l'orient) est toujours possible et souvent utilisée[3].

Mais la métatonalité n'est pas le seul centre de sa pensée: le matériau sonore est à ses yeux fondamental. Car s'il pense sa musique de manière formelle avant de l'écrire, ce sont ses oreilles qui le guident in fine.
N'importe quel son peut alors devenir prétexte pour une musique. (voir notamment son œuvre pour percussion).

Son processus créatif se divise en deux moments : un Apollinien ou la rationalité va guider à la création d'une forme, puis un Dionysiaque ou son oreille, instrument d'une poétique sonore, remplit cette forme. Mais si la mise en forme intervient en premier il se peut très bien qu'elle se "déforme" sous l'influence de l'oreille : Ballif n'est donc pas un musicien de tableau noir mais bel et bien un musicien sensitif.

Sa vision de compositeur (dans le sens originel composer = mettre ensemble) est exposée dans son ouvrage phare : Économie musicale. Il définit sa musique comme avant tout religieuse. Ses élèves le voient, après Rameau et Messiaen, comme le père d'une nouvelle génération de musiciens.

Catalogue[modifier | modifier le code]

Catalogue des Solfeggietti :

Ses oeuvres sont éditées aux Éditions musicales transatlantiques, Choudens,(désormais Wise Music classical ; Durand-Salabert-Eschig et Bote & Bock (Boosey & Hawkes).

Écrits[modifier | modifier le code]

La plupart de ses écrits ont été réunis dans Ecrits, vol 1 (Introduction à la métatonalité, Economie musicale et autres textes) et vol. 2 (voyage de mon oreille et autres textes), éd. Hermann, 2015.

Discographie[modifier | modifier le code]

.– Solfegietto pour guitare op. 36 no 6 [avec des oeuvres pour guitare de Tristan Murail, Yoshihisa Taïra, Philippe Drogoz et Michèle Reverdy] Rafaël Andia (guitare) Label : Adda, 1990 [581283 – AD 184]

– Pièces détachées op. 6 [1] ; Bloc-Notes op. 37 [1] ; 5e Sonate pour piano op. 32 [1] ; Passe-Temps op. 38 no 1 [1] ; Sonate pour violon et piano op. 17 [2] ; Sonate pour violoncelle et piano op. 40 [3] Jean Martin (piano) [1] ; Clara Bonaldi (violon), Sylvaine Billier (piano) [2] ; Pierre Penassou (violoncelle), Jacqueline Robin (piano) [3] Label : Arion, 1991 [ARN 68177]

– À Cor et à cri [1] ; Quatuor à cordes no 3 [2] ; Concerto « Haut les rêves » [3] ; Sonate pour flûte et piano [4] Orchestre National, dir. : Lucas Vis [1] ; Quatuor Kronos [2] ; Clara Bonaldi (violon) et Nouvel Orchestre philharmonique, dir. : Michel Tabachnik [3] ; Pierre-Yves Artaud (flûte) et Christian Ivaldi (piano) [4] Label : Adda/MFA, 1991 [581283 – AD 184]

– Prière à la Sainte Vierge op. 44 [1], Chapelet op. 44 no 2 [1], Les Battements du coeur de Jésus op. 46 [1], Prière au Seigneur op. 45 [1], Fragment d’une ode à la faim op. 47 [2] Ensemble choral Arsène Muzerelle, dir. : Arsène Muzerelle [1] ; Un ensemble vocal de Radio France, dir. : Dominique Debart [2] Label : Arion, 1992 [ARN 68189]

– Cendres pour trois groupes de percussions op. 1 ; L’Habitant du labyrinthe op. 54 ; Timbres et postes, une symphonie pour six percussionnistes op. 51 Ensemble de percussions Rhizome (Olivier Fiard, Patrie Legeay, Didier Breton, Hedy Rejiba, Hugo Le Henan, Bruno Lemaître), dir. : Alexandre Damnjanovic Label : Arion, 1994 [ARN 68289]

– Le Taille-Lyre op. 64 no1 [avec la Symphonie op. 21 d’Anton Webern] Ensemble Intervalles, dir. : Jean-François Kremer Label : F. Communications, 1994 [1010]

– Le Livre du Serviteur, deuxième Symphonie Mystique op. 59 pour baryton, trois choeurs, choeur d’enfants et orchestre André Cognet (baryton), Choeur et Maîtrise de Radio France, Michel Tranchant et Denis Dupays, chefs de choeur ; Orchestre philharmonique de Radio France, dir. : Bruno Ferrandis Label : Radio France/MFA, 1997 [MFA 216017/18], 2 CD

– Airs comprimés op. 5 ; Bloc-Notes op. 37 ; Pièces détachées op. 6 ; Passe–temps no 1 à 6 op. 38 Philippe Keler (piano) Label : Grave, 1997 [GRCD 5]

– Solfeggietto pour violoncelle, op. 36 no13 [avec des oeuvres de Xenakis, Aperghis et Kagel] Christophe Roy (violoncelle) Label : Grave, 2000 [GRCD 16]

– Un Délire de dédales, quatrième Concert Symphonique op. 49 no 4 ; Sonate pour flûte et piano op. 23 ; Mouvements pour deux pour flûte et piano op. 27 ; Solfegietto pour flûte seule op. 36 no 1 ; Chant de l’innocent, pièce facile pour flûte seule José Garcia-Guerrero (flûte), Philippe Keler (piano), Orchestre Symphonique Simón Bolivar, dir. : Manuel Hernández Silva Label : Musique Média/Nocturne, 2002 [I S 204 - NT 100]

– Points-Mouvement [CD « 50 ans de musique électroacoustique au Groupe de Recherches Musicales, Paris 1948-1998 », avec des oeuvres électroniques de Robert Cohen-Solal, François Donato, Pierre Schaeffer, François-Bernard Mâche et al.] Label : INA-GRM/Teatro Massimo Fondazione, 2001 [FTM 002 A-B]

– Points-Mouvement [CD « Archives GRM : Les visiteurs de l’aventure concrète », avec des oeuvres électroniques de André Hodeir, Pierre Boulez, Jean Barraqué, Darius Milhaud, et al.] Label : INA-GRM, 2004 [276512]

– Solfeggietto pour violon, op. 36 no3 [avec des oeuvres de Luciano Berio, Édith Canat de Chizy et al.] Diego Tosi (violon) Label : Disques du Solstice, 2005 [SOCD 225]


Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Claude Ballif. Film de Jacques Trebouta, réalisé pour la série télévisée de Pierre Vozlinsky «L’Homme et sa musique», Paris, Archives de l’INA, 1969

Entretien avec B. Serrou

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Deutscher Akademischer Austauschdienst : office allemand d'échanges interuniversitaires.
  2. En fait, dans une œuvre, il peut utiliser une série, un ton de référence, un mode ou une échelle de base. Puis il abandonne un de ces systèmes pour l'échanger ou le combiner à un autre selon l'inspiration ou le mouvement recherché. Il peut travailler sur un seul système ou sur tous en même temps s'il le désire. C'est en ce sens que la métatonalité est un système sans esprit de système.
  3. Pour comprendre en détail sa théorie, voir L'ouverture métatonale de Michèle Tosi.
  4. Claude Ballif (1924-2004), Sonates. Orgue. Op. 14 - Claude Ballif (1924-2004) - Œuvre - Ressources de la Bibliothèque nationale de France, (lire en ligne)