Karl Amadeus Hartmann est un compositeurallemand, né le à Munich et mort le dans la même ville. Son œuvre orchestrale a pour centre de gravité son imposant corpus de huit symphonies.
Né dans une famille vouée aux beaux-arts, son père et un de ses frères sont peintres. Il commence ses études en 1919, à Pasing, près de Munich, pensant d'abord se consacrer à une carrière d'enseignant, avant d'interrompre ses études en 1922, puis de les reprendre en 1924, en changeant de voie et en entrant à la Staatliche Akademie der Tonkunst, à Munich, où il reste jusqu'en 1927, y étudiant sous la direction de Joseph Haas.
C'est à cette époque qu'il fait la connaissance de Hermann Scherchen, qui encourage sa vocation, et que, en 1928, il participe à la fondation des concerts organisés par l'association artistique « Die Juryfreien ». Il ébauche, entre 1928 et 1930, le cycle des opéras de chambre Wachsfigurenkabinett, cycle qui reste inachevé.
Profondément épris de démocratie, et surtout très engagé marxiste, Hartmann assiste avec consternation à l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler et à l'avènement du Troisième Reich en 1933. Plutôt que de choisir l'exil, comme tant d'autres, il préfère demeurer en Allemagne, mais en se retirant complètement (ce qu'on appellera l’Innere Emigration) de la scène musicale allemande, tandis que certaines de ses œuvres sont jouées à l'étranger, où sa réputation va grandissant, mais que le public allemand ignore quasiment tout de ce compositeur caché. Pendant ces douze années, jusqu'en 1945, il préfère se consacrer, dans son exil intérieur volontaire, à l'art de la composition.
Durant cette période sombre, Hartmann ne se départ pas de sa foi en une intégrité morale et en l'humanité. Il sublime dans l'art de la composition son besoin de résistance. Les œuvres écrites à cette époque témoignent de cette attitude : l'opéra Simplicius Simplicissimus, par exemple, traite de la dignité de la personne humaine face aux atrocités de l'époque. Dès 1934, il dédie également le poème symphonique Miseræ aux prisonniers du camp de concentration de Dachau. En outre, nombre de ses œuvres sont clairement imprégnées du climat pesant de la Seconde Guerre mondiale.
Pendant la guerre, il se perfectionne avec Anton von Webern, qui le « pousse » vers la musique sérielle puis, après la guerre, sortant de sa longue relégation volontaire, il cumule les fonctions officielles à Munich et en Bavière :
il crée notamment, en 1945, le cycle de concerts de musique contemporaine Musica Viva, dont il assure la formation artistique initiale, et dont il restera responsable jusqu'à sa mort ;
puis il assume la présidence de la section allemande de la Société internationale de musique contemporaine (S.I.M.C.) en 1953.
Outre les diverses classifications thématiques, divers musicologues répartissent les œuvres de Hartmann en trois périodes relativement distinctes, correspondant à diverses phases importantes de la vie du compositeur :
les œuvres dites « de jeunesse », composées avant 1933, et dont un grand nombre ont été reniées et détruites par Hartmann lui-même ;
les œuvres de la relégation volontaire, composées entre 1933 et 1945, dont beaucoup n'ont été découvertes, sous leur forme originelle, qu'après la mort du compositeur ;
les œuvres dites « majeures », composées après 1945, et dont beaucoup reprennent en les remaniant une partie des partitions composées entre 1933 et 1945.
De ce fait, la liste de ses œuvres est relativement complexe.
« Avec son souci constant de l'expression, sa recherche de grandes tensions orchestrales, Hartmann rappelle indéniablement les grands symphonistes du siècle dernier mais jamais ne les imite. Recourant aux percussions, usant des techniques instrumentales modernes, appliquant l'écriture atonale ou sérielle à ses thèmes, il est de son époque, c'est-à-dire de notre passé récent. Pourtant, on discerne chez lui un moindre intérêt expérimental pour les couleurs nouvelles, les formes. Hartmann est bien le suiveur des grands fondateurs de la musique moderne, le dernier ancien parmi les modernes[1]. »
Symphonie no 1 dite Versuch eines Requiem, pour alto et orchestre, avec des textes de Whitman (1955 : remaniement de la cantate de 1936, temporairement intitulée, en 1948, Symphonisches Fragment)
Symphonie no 3 (1948-1949, inclut des extraits remaniés de la Sinfonia Tragica et du Klagegesang)
Symphonie no 4, pour orchestre à cordes (1946-1947, nouvelle version de la Symphonie pour orchestre à cordes et voix de 1938)
Symphonie no 5 dite Symphonie Concertante (1950, nouvelle version du Concerto pour trompette de 1932, en passant par le Concerto pour instruments à vent, basses et deux trompettes solos)
Concerto pour ensemble à vent, contrebasses et deux trompettes solos (1948-1949, recomposé à partir du Concerto pour trompette de 1932, remanié une nouvelle fois pour devenir la Symphonie no 5)
Concerto pour piano, instruments à vent et percussions (1953)
Concerto pour alto et piano accompagnés d'instruments à vent et percussions (1955)
Opéras :
Wachsfigurenkabinett (Musée de cire), cycle de 5 opéras comico-fantastiques (1928-1930), sur des livrets d'Erich Bornemann :
Leben und Sterben des heiligen Teufels (Vie et mort du diable saint)
Des Simplicius Simplicissimus Jugend (La Jeunesse de Simplicius Simplicissimus), opéra de chambre (1934-1935, 1949), opéra d'après Simplicius Simplicissimus de Grimmelhausen, sur un livret de Hartmann, Scherchen et Wolfgang Petzet (1934-1935, remanié en 1956)
Autres œuvres lyriques :
Cantate pour chœur à cappella, sur des textes de Karl Marx et Becher (1929)
À l'occasion du centenaire de la naissance du compositeur, l'année 2005 a été décrétée, en Bavière, « année Hartmann » (Karl-Amadeus-Hartmann-Jahr 2005 in Bayern ou Hartmann-Jahr-2005). Dans le cadre de cette célébration, 55 concerts sont prévus dans onze villes et autres lieux, dont le camp de concentration de Dachau (où sera bien évidemment joué le Miseræ, dédié aux prisonniers du camp lors de sa composition en 1933-1934). Cette année a été précédée, en et , de trois concerts qui en étaient en quelque sorte le prologue.