Edgar Quinet
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Edgar Quinet vers 1860.
Nom de naissance Edgar Quinet
Naissance
Bourg-en-Bresse (Drapeau de la France France)
Décès (à 72 ans)
Versailles (Drapeau de la France France)
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture Français

Œuvres principales

  • Tablettes du juif errant
  • La Grèce moderne
  • Ahasverus
  • L'Enseignement du peuple
  • Aucune machine ne vous exemptera d'être homme

Compléments

Signature de Edgar Quinet

Edgar Quinet, né le à Bourg-en-Bresse (Ain) et mort le à Versailles (Seine-et-Oise, actuelles Yvelines), est un historien, poète, philosophe et homme politique français, républicain et anticlérical.

Enfance et vie personnelle[modifier | modifier le code]

Portrait d'Edgar Quinet par Sébastien Cornu, Paris, musée Carnavalet, vers 1835.

Jean Louis Edgar Quinet naît le à Bourg-en-Bresse, dans le département de l'Ain. Son père, Jérôme Quinet, de tendance républicaine, est commissaire de l'armée. Profondément écœuré par l'épopée napoléonienne, il démissionne et se dévoue à l'avancement des sciences et des mathématiques. Sa mère, Eugénie Rozat Lagis, exerce une grande influence sur lui. Bien que calviniste, elle le laisse baptiser dans le catholicisme. « Edgar Quinet attribue à sa mère ce qu'il avait en lui de meilleur »[1]. Sa véritable éducation se fait avant le collège, auprès de sa mère. Son père, d'un caractère vif et impatient, met Edgar en pension de bonne heure. Les mœurs rudes de la pension de Charolles effacent les traces de fine culture de l'enfant de Certines ; « il en résulte ce qu'il a appelé, depuis, son époque de barbarie »[1].

À la chute de l'Empire, il est envoyé au collège de Bourg (1815-1817), puis à Lyon. Son père veut qu'il quitte rapidement l'école pour s'engager dans l'armée ou se lancer dans les affaires. Cependant, le jeune Quinet, qui est plutôt attiré par la littérature, finit par avoir gain de cause et peut prolonger ses études.

Fasciné par l’Allemagne savante et romantique, il s’établit à Heidelberg. Il y fréquente Georg Friedrich Creuzer, dont il admire La Symbolique. Il épouse en 1834 l'Allemande Minna Moré, fille de pasteur et originaire de Grünstadt. La cérémonie a lieu à Boehl près de Grünstadt dans le Palatinat rhénan. Son épouse décède en et Quinet se marie en secondes noces le à Bruxelles avec Hermione Ghikère Asaky (1821-1900). Hermione, fille du poète moldave Gheorghe Asachi (1788-1869), qui était son auditrice au Collège de France, avait divorcé en 1849 du prince Mourousi, petit-fils du prince régnant de Valachie et de Moldavie.

Carrière littéraire[modifier | modifier le code]

Edgar Quinet durant sa jeunesse.

Le caractère du réformateur anime tous ses livres, dont le but est invariablement « la régénération, la grandeur de la Patrie »[2]. Edgar Quinet ouvre sa carrière littéraire par des textes qui s'opposent à l'Ancien Régime et soutient le retour d'institutions républicaines.

Sa première publication, les Tablettes du juif errant, paraît en 1823. Frappé par la Philosophie der Geschichte de Herder, il entreprend de la traduire et commence par apprendre l'allemand. Il publie sa traduction en 1827 et obtient une reconnaissance rapide. Parallèlement, il est présenté à Victor Cousin et à Jules Michelet. Il avait visité l'Allemagne et l'Angleterre avant la publication de son œuvre. Cousin lui obtint un poste pour participer en 1829 à la mission d'exploration scientifique en Grèce, qui accompagnait l’expédition de Morée, durant Quinet se lie avec Jean-Baptiste Vietty. À son retour, il publie La Grèce moderne.

Ses espoirs de poste permanent après la révolution de 1830 sont balayés par sa réputation de républicain. Quinet est aussi franc-maçon, membre du Grand Orient de France[3]. Mais il rejoint la Revue des deux Mondes, produisant notamment Les Épopées françaises du XIIe siècle et Chansons de geste. Son premier ouvrage important, un poème en prose intitulé Ahasverus, est publié en 1833. Quinet est le titulaire de la chaire de Langues et littératures de l’Europe méridionale au Collège de France à partir de l'an 1841.

En 1843, il délivre une série de cours au Collège de France, au même moment que son collègue et ami Jules Michelet, sur les jésuites. En particulier, il cherche à démontrer que la posture intellectuelle de ces derniers est contraire à l'esprit français, et que ceux-ci ont joué un rôle dans la persécution des protestants.[4]

Ces cours, qui génèrent une certaine critique auprès des milieux intellectuels français, sont publiés la même année, en collaboration avec ceux de Michelet. À la suite du coup d'État du 2 décembre 1851 et de la censure qui s'établit, Quinet est révoqué de sa chaire d'enseignement par Louis-Napoléon Bonaparte[5] en avril 1852, en même temps que son ami Michelet. Il est rétabli dans son enseignement au Collège de France entre 1870 et 1875[6].

Participation à la vie politique[modifier | modifier le code]

La Deuxième République[modifier | modifier le code]

Edgar Quinet, député de l'Ain.
Gravure extraite de la Galerie des représentants du peuple (1848).

Edgar Quinet, républicain convaincu, s'inscrit dans le processus démocratique dès 1848. En , il participe à la campagne des banquets aux côtés d'autres universitaires de renom, comme Michelet. Avec l'avènement de la IIe République, il se fait élire député de l'Ain à la Constituante de 1848, puis réélire en 1849.

Bien qu'hostile aux insurrections des journées de juin 1848, qu'il estime dangereuses pour la démocratie[7], il reste néanmoins opposé aux monarchistes et aux bonapartistes qui réclament l'ordre.

Le Second Empire et l'exil[modifier | modifier le code]

Le coup d'État du 2 décembre 1851 de Louis-Napoléon Bonaparte est un véritable deuil privé pour Edgar Quinet. Celui-ci pense alors pouvoir lutter, mais lorsque son collègue Baudin, lui aussi député de l'Ain, est tué sur les barricades le , il comprend alors que toute lutte est vaine[8]. Cette déconvenue le détache durablement de ses élans romantiques[9]. Avec d'autres écrivains engagés, comme Victor Hugo, il doit s'exiler. Il séjourne à Bruxelles de 1851 à 1858[10].

Edgar Quinet photographié par Pierre Petit.

Malgré l'amnistie accordée par Napoléon III en 1859, il refuse de rentrer en France. Sa vie est bouleversée. « Au moment où je posais le pied de l'autre côté de la frontière et où je dis à la patrie un adieu peut-être éternel, je me retournai et la terre manqua sous mes pas. Depuis cette heure, mon esprit se sentit déraciné comme la feuille que le vent a détaché de l'arbre… Je n'étais plus l'hôte de personne. Sitôt que j'avais trouvé un foyer quelque part, la menace arrivait ; il fallait songer à partir »[11]. En effet, la Belgique, sa terre d'accueil se méfie de lui et le surveille : elle a peur des « rouges ». Néanmoins, Genève lui offre une chaire de philosophie morale, en 1868. La ville suisse le reconnaît alors en tant que champion de la liberté.

Grâce à ses publications, en particulier La Révolution, dont l'édition française est écoulée en six jours en 1865, Quinet devient alors « la conscience du parti républicain », en influençant toute une génération de jeunes républicains des années 1860. Il lutte pour faire sortir les républicains de la mystification, de la mythologie de la révolution. Il est lu passionnément par Jean Jaurès ou encore Jules Ferry, malgré la censure. Il publie ainsi dès 1850 L'enseignement du Peuple, qui, plus tard, influence fortement la politique d'éducation de Ferry. Il entretient aussi des relations avec les républicains. En 1857, alors que Napoléon III impose des candidatures officielles, et que ses préfets font pression sur les candidats, certains républicains arrachent quelques mandats. Il les exhorte alors à ne pas prêter serment, ce qui serait blanchir la « masse des crimes de décembre »[12].

Le retour en France[modifier | modifier le code]

Portrait d'Edgar Quinet à la une du Monde illustré, 3 avril 1875.

De retour d'exil en 1870, il vit une véritable ferveur patriotique et démocratique. Il se présente aux élections du dans le département de l'Ain, mais il n'est pas élu. En revanche, il termine cinquième à Paris derrière Louis Blanc, Victor Hugo, Giuseppe Garibaldi (qui n'était même pas candidat) et Léon Gambetta.

À l'Assemblée de Bordeaux, il s'oppose régulièrement, par des discours et des écrits, à la politique d'Adolphe Thiers, et en particulier à l'abandon de l'Alsace et de la Lorraine. Vivant douloureusement la défaite subie face aux Prussiens et le retour des forces conservatrices menées par Thiers, Quinet s'isole. Il rejette violemment ce qu'il appelle « la République sans républicains »[13].

Sépulture d'Edgar Quinet

Il meurt en 1875, juste avant que le régime ne s'ancre durablement dans la république grâce aux lois constitutionnelles de 1875. Il repose au cimetière du Montparnasse (11e division). [14]

Ses idées[modifier | modifier le code]

Edgar Quinet, gravure sur acier, XIXe siècle.

Edgar Quinet est connu de nombreux écoliers pour une dictée, celle de son texte Aucune machine ne vous exemptera d'être homme (La Révolution religieuse au XIXe siècle) où il met en garde contre la croyance naïve en un progrès des transports mécaniques et des communications que nous n'aurions plus qu'à attendre pour voir arriver le paradis sur Terre. L'auteur avertit que « plus ce progrès se développe, et avec eux les pouvoirs, plus les hommes devront être vigilants à ce que ces pouvoirs ne soient pas tournés contre eux par des personnes inciviques ou malveillantes ». Il cite l'exemple de Caligula et des magnifiques voies romaines qui couvraient tout l'Empire et ne servaient plus qu'à « acheminer à ses quatre coins les ordres d'un dément ».

Les idées qu'il exprime à travers son œuvre en font un précurseur dans bien des domaines :

Œuvre[modifier | modifier le code]

Edgar Quinet caricaturé par André Gill (Le Trombinoscope de Touchatout, 1873).

Hommages[modifier | modifier le code]

Plusieurs lycées, dont un à Bourg-en-Bresse (sa ville natale) et un autre à Paris, portent son nom. Des collèges portent son nom à Saintes et à Marseille.

Un amphithéâtre de la Sorbonne porte également son nom.

Un boulevard ainsi qu'une station de métro de la ligne 6 portent son nom dans le 14e arrondissement de Paris.

Des rues et/ou impasses portent son nom à Alès, Saint-Maur-des-Fossés, Thiais, Saint-Max, La Courneuve, Grenoble, Nantes, [[Lorient]] ou encore Colombes.

À Lyon, une place située dans le 6e arrondissement porte son nom.

Le monument à Edgar Quinet à Bourg-en-Bresse, réalisé en bronze par Aimé Millet, est inauguré le 14 avril 1883 promenade des Quinconces. Il est retiré en 1925 et installé au centre de la place Quinet. En 1942, sous le régime de Vichy, dans le cadre de la mobilisation des métaux non ferreux, la sculpture est déboulonnée et envoyée à la fonte. Le piédestal est resté vide. Il est retiré et réinstallé dans la cour du Lycée Edgar-Quinet. Un monument à Edgar Quinet de remplacement, réalisé par Marcel Mayer est inauguré en novembre 1970 dans le square des Quinconces.

Une rue du centre de Bucarest porte le nom : strada Edgar Quinet.

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La dernière classe de croiseur cuirassé français dans la marine française fut la classe Edgar Quinet

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b John-Barthélemy-Gaifre Galiffe, D'un siècle à l'autre : correspondances inédites entre gens connus et inconnus du XXVIIIe et du XIXe siècles, Genève, J. Sandoz, 1877-78.
  2. Quant à la mère d'Eugénie, grand-mère d'Edgar, «Madame Roza, née Lagisse, elle appartenait à la branche protestante et genevoise, mais [sic] appauvrie des Lagezza, comtes de Bevilacqua, de Vérone» (John-Barthélemy-Gaifre Galiffe, D'un siècle à l'autre, correspondances inédites entre gens connus et inconnus du XXVIIIe et du XIXe siècle, vol. I, p. 150, Sandoz, Genève).
  3. Michel de Soulages et Hubert Lamant, Dictionnaire des Francs-Maçons européens, Dualpha Éditions, Coulommiers, 2005, 1065 pages (ISBN 2-915461-13-9), p. 784.
  4. Clélia Anfray, « Les Jésuites de Quinet : un événement littéraire ? Réflexions sur une réception complexe », sur Cairn.info, Romantisme, (consulté le 1er août 2020), p. 123 à 134
  5. Encyclopédie Larousse : Edgar Quinet.
  6. « Professeurs depuis 1530 ».
  7. Michel Winock, Les Voix de la Liberté, Paris, Seuil, 2001, p. 550.
  8. Michel Winock, Les Voix de la Liberté, p. 550, éd. Seuil 2001.
  9. Daniel Lindenberg, introduction à L'enseignement du peuple, de Edgard Quinet, Pluriel 2001
  10. Hermione Quinet, Edgar Quinet depuis l'exil, Paris, Calmann Lévy, (lire en ligne).
  11. Edgar Quinet, Le Livre de l'exilé, Dentu, 1875 p. 1.
  12. Edgar Quinet, Lettres d'exil, op. cit., I, p. 224.
  13. Daniel Lindenberg, introduction à L'enseignement du peuple, d'Edgard Quinet, Pluriel 2001.
  14. « 11e division Montparnasse – Staroad, les célébrités du 19e et 20e siècle » (consulté le 7 août 2021)
  15. L'Expédition du Mexique sur Gallica.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Edgar Quinet vers 1870.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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