Dès l'âge de sept ans, encouragé par ses parents, Tony Sheridan s'intéresse à la musique classique et apprend le violon. À l'école, il excelle en art et étudie brièvement l'art commercial. Mais à 16 ans, il découvre Lonnie Donegan et le skiffle et commence aussitôt à jouer de la guitare. En 1957, il forme son premier groupe The Saints[2]. Il rejoint le groupe Vince Taylor and His Playboys, l'espace de l'enregistrement du 45 tours[3]Right Behind You Baby / I Like Love sur Parlophone[4] sur lequel il joue, aux dires de Licorice Locking, le bassiste du groupe, un solo époustouflant en une seule prise[2]. En 1959, à l'âge de 18 ans, on le voit jouer de la guitare à la BBC à l'émission Oh Boyǃ. Il est un des artistes invités pour le concert d'Eddie Cochran et Gene Vincent au Liverpool Empire Theatre en [5].
Bruno Koschmider, le propriétaire du Kaiserkeller(en), est de passage à Londres à la recherche d'un groupe de musiciens britanniques pour jouer dans son club de la Grosse Freiheit à Hambourg. L'homme d'affaires allemand recrute le pianiste Iain Hines qui joue au club 2i's(en). Celui-ci accepte son offre et créé sur-le-champ le groupe The Jets qui quittera pour l’Allemagne le [6]. The Jets, qui comprend Rick Richards, Colin Melander, Pete Wharton, Jimmy Ward et Tony Sheridan, jouent dans ce club durant un mois[7] pour ensuite migrer vers le Top Ten Club(en)[2]. Wharton affirme que ce sont les prestations de Sheridan, le guv'nor, qui ont cimenté la place des groupes anglais à Hambourg. Bientôt Sheridan quitte cette formation et devient un artiste solo[5].
Entre 1960 et 1963, il se fait accompagner par différents groupes, l'un d'entre eux étant les Beatles de passage à Hambourg. Le groupe était alors composé de John Lennon, Paul McCartney, George Harrison, Stuart Sutcliffe et Pete Best. Sheridan, surnommé « The Teacher » par McCartney[8], est une influence majeure sur ces jeunes musiciens. Harrison le questionne sur les différents accords qu'il utilise, qui lui ont été enseignés par Eddie Cochran, et Lennon s’inspire de sa posture sur scène[n 1],[7]. Quand un ami de Bert Kaempfert, le célèbre chef d'orchestre, compositeur et producteur indépendant, les voit sur scène, il lui suggère de les enregistrer ensemble[n 2],[9]. Celui-ci renommera le quatuor britannique « The Beat Brothers » ; le nom Beatles ressemble trop au mot argotique allemand « pidels » qui a une connotation sexuelle. Jusqu'en 1965, tous les groupes qui accompagneront Sheridan sur disque prendront ce nom[10]. En 1964, le groupe The Bobby Patrick Big Six sera le dernier à le porter pour être enfin crédité à leur nom à partir de 1965 jusqu'au moment où leur association avec Sheridan se terminera en 1968[11].
En tout, sept chansons[n 3] sont enregistrées par les Beatles pour Sheridan[n 4]. Lorsque le premier 45 toursMy Bonnie/The Saints, publié le (le pour le Royaume-Uni), atteint la 5e place dans les hit-parades, le label Polydor réalise l'albumMy Bonnie, avec ces deux chansons complétées par dix autres pistes enregistrées par Sheridan avec d'autres musiciens[9]. En 1964, lors de la crête de la beatlemania, les autres enregistrements avec le groupe de l'heure seront publiés en 45 tours, crédités à « The Beatles with Tony Sheridan », et compilés sur le 33 tours The Beatles' First !
En 1967, déçu du peu de notoriété que lui avait apporté son expérience avec les Beatles, Sheridan qui se sentait concerné par la guerre du Viêt Nam, décide de jouer pour les troupes alliées, mais l'un des membres de son groupe est tué ; l'Agence Reuters avait même annoncé que Sheridan lui-même était mort : pour sa participation en faveur des troupes alliées, Sheridan fut nommé Capitaine honoraire de l'Armée américaine[2].
Dans les années 1970, il dirige un programme de blues à la radio. En 1978, Sheridan joue au Star Club qui vient de rouvrir. Le , il sort l'albumVagabond, collection de chansons originales et de relectures de certaines anciennes chansons[12] dont Skinny Minnie(en) en bonus. Approché par le label suédois Opus 3, Tony Sheridan enregistre au chant et à la guitare Tell Me if You Can, coécrite en 1961 avec Paul McCartney, et Indochina, écrite à la suite de ces tournées au Viêt Nam pour les GI américains. Beaucoup plus tard, à titre posthume, un album ayant le titre Tony Sheridan sera publié incluant ces deux chansons, ainsi que neuf autres pièces originales enregistrées chez lui, des arrangements ayant été rajoutés aux pistes de base, et, pour une quatrième fois durant sa carrière, une reprise de sa pièce fétiche, Skinny Minnie[13].
Marié à Hazel Byng en 1959, ils ont un garçon, Tony Jr, avec lequel il fera de la musique. Tony Sheridan a vécu ses dernières années avec sa troisième femme Anna (née Sievers) au nord de Hambourg, où il meurt du cancer le [2].
Premières éditions des albums qui contiennent les huit enregistrements toujours existants des séances des Beatles pour Sheridan, plus quatre autres chansons.
↑ abcd et e(en) Spencer Leigh, « Tony Sheridan: Singer and guitarist who was a catalyst in the early career of The Beatles », The Independent, (lire en ligne, consulté le 28 décembre 2020).