Le nutri-score est un système d'étiquetage nutritionnel à cinq niveaux, allant de A à E et du vert au rouge, établi en fonction de la valeur nutritionnelle d'un produit alimentaire. Il a pour but de favoriser le choix de produits plus sains d'un point de vue nutritionnel par les consommateurs et ainsi de participer à la lutte contre les maladies cardiovasculaires, l'obésité et le diabète[1].
Proposé en 2014 et mis en place à l'initiative du gouvernement français en 2016 dans le cadre de la loi de modernisation du système de santé[2], il est ensuite repris dans d'autres pays comme la Belgique, l'Espagne, l'Allemagne et les Pays-Bas, et son utilisation est recommandée par l'Organisation mondiale de la santé.
Des études scientifiques comparatives ont montré que dans les 12 pays et pour les trois catégories d'aliments étudiés, le Nutri-Score obtient les meilleurs résultats, suivi du MTL, du HSR, du symbole d'avertissement et des IR en termes de compréhension par le consommateur de la qualité nutritionnelle des aliments et ce dans des environnements socio-culturels différents[3].
En 2020, la réglementation de l'Union européenne concernant l'étiquetage nutritionnel datant de 2011[4] ne permet à un État que de recommander un type d'étiquetage graphique sans pouvoir l'imposer[5].
Le score est calculé par un système de points, le score le plus faible étant le meilleur[6],[7].
Mais le score d'un produit acheté avec une cuisson incomplète et dont la cuisson est terminée par le consommateur, comme des frites précuites surgelées, sera nettement meilleur que celui qu'obtiendra le même produit après cuisson dans un bain d'huile de friture ; à l'inverse, un litre d'huile d'olive, même de très bonne qualité, sera coté D ou E, car cet aliment, comme toute autre huile alimentaire, est naturellement très gras.
Il faut donc analyser les produits et réfléchir avant de prendre une décision.
Quatre catégories avec des formules différentes sont mises en place :
Les résultats du calcul donnent une valeur comprise entre –15 et +40. La couleur verte correspondant à une valeur comprise entre –15 et –2, le vert clair de –1 à +3, le jaune de +4 à +11, l'orange de +12 à +16 et le rouge de +17 à +40[8].
Pour calculer la teneur de fruits et légumes, les féculents (tel que pomme de terre, patate douce, taro, manioc et tapioca) ne sont pas pris en compte[9].
Pour les fromages, la teneur en protéines est toujours prise en compte car celle-ci est liée à celle en calcium[10]. Ceci améliore le nutri-score des fromages et la cohérence entre celui-ci et les recommandations nutritionnelles du Haut Conseil de la Santé Publique[10]. Celles-ci recommandent en effet de consommer des produits laitiers plusieurs fois par jour[10].
En France, l'idée d'un système d’étiquetage de ce type est proposé en 2014, dans un rapport remis à la ministre de la santé de l'époque[11]. Une pétition sur Change.org a également récolté 250 000 signatures pour son adoption[12].
L’efficacité d'un tel système se mesure par l'acceptabilité, la compréhension et in fine l'orientation d'achat par les consommateurs de produits de meilleure qualité nutritionnelle, sur la base de l’étiquetage nutritionnel en face-avant des emballages des produits agroalimentaire vers des choix plus favorables à la santé.
Des études en situation réelle[13] sont menées sur les effets sur les comportements, quelque temps après l'adoption du Nutri-score, dans différents pays et sur différentes catégories de population :
Dans l'Union européenne, il ne peut pas être imposé aux industriels en raison du règlement européen de 2011 concernant l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires[19],[20],[21],[22][N 1]. Cependant, la Commission doit remettre au Parlement européen et au Conseil pour le un rapport sur l’opportunité de poursuivre l’harmonisation de l'étiquetage nutritionnel[20].
En 2019, des associations de consommateurs au niveau européen[24], soutiennent une initiative citoyenne européenne pour proposer à la Commission européenne que le nutri-score devienne obligatoire[25]. Des études sont conduites en parallèle dans des pays comme l'Allemagne pour évaluer la pertinence de ce système[26]
En août 2018, la ministre de la Santé annonce qu'il sera adopté en Belgique[27]. Le , le nutri-score est officiellement adopté[28].
Colruyt et Delhaize ont commencé à l'appliquer progressivement sur leurs marques distributeurs vers septembre 2018[29]. Colruyt l'indique également pour tous les produits (toutes marques confondues) sur son site web[30]. Delhaize propose dans son application mobile une fonction qui permet d’afficher le score de la plupart des produits en scannant leur code-barre[31]. Danone prévoit de l'ajouter sur ses produits laitiers frais à partir de janvier 2019[29]. La société Carrefour se limite quant à elle à une application mobile[29].
En novembre 2018, la ministre espagnole de la santé, María Luisa Carcedo, annonce la mise en place du système nutri-score, sur la base du volontariat[32].
Malgré une opposition de l'industrie agroalimentaire qui a tenté de bloquer et de retarder la mise en place de ce dispositif[33],[34],[35], son utilisation sur les emballages alimentaires est autorisée et encadrée par la loi de modernisation du système de santé adoptée en janvier 2016. Celle-ci recommande aux fabricants et distributeurs de s'engager dans une démarche volontaire d'utilisation de ce système d'étiquetage[36]. Un arrêté ministériel est ensuite signé en octobre 2017 pour fixer la forme de présentation du nutri-score[37].
Les entreprises Intermarché, Leclerc, Auchan et Fleury Michon se sont engagées en 2017 à mettre en place le nutri-score sur l'ensemble des produits de leurs marques[38],[39].
En revanche, d'autres entreprises comme Coca-Cola, Mars, Mondelēz, PepsiCo et Unilever ont annoncé être opposées au nutri-score et vouloir adopter un système concurrent qui, d'après l'UFC-Que Choisir, « [va] contre l’intérêt des consommateurs en les empêchant de comparer les produits »[38],[39]. Le , trente-trois entreprises de l'agro-alimentaire et de la distribution ont annoncé leur engagement à mettre le nutri-score sur leurs produits[40]. Nestlé, après avoir été du côté des opposants, déclare en juin 2019 qu'il se rallie au nutri-score[41]. Kellog's annonce début 2020 l'adopter sur l'ensemble de ses produits pour fin 2021[42].
Le site internet de données alimentaires Open Food Facts calcule le nutri-score pour les produits présents dans sa base de données même lorsque le fabricant a choisi de ne pas utiliser le dispositif[43].
L'Assemblée nationale adopte en février 2019 une proposition de loi rendant obligatoire la mention du nutri-score dans les annonces publicitaires (internet, télévision et radio), obligation à laquelle les annonceurs peuvent cependant déroger moyennant une contribution financière à l'Agence nationale de santé publique. Cette loi devrait entrer en vigueur au plus tard le [44].
En Suisse, sans être obligatoire, le nutri-score est soutenu par la Fédération romande des consommateurs et, depuis 2019, par l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires[45],[46],[47].
En 2016, cédant aux demandes de l'industrie agroalimentaire qui souhaite retarder le projet de nutri-score, le ministère français de la Santé accepte de mener une étude comparant plusieurs systèmes d'étiquetage[33]. Le comité de pilotage et le comité scientifique de l'étude comprennent des représentants de l'industrie agroalimentaire et de grande distribution, alors que le professeur Serge Hercberg n'y est pas nommé sous prétexte qu'il a développé le nutri-score pour le ministère de la Santé[33]. Lancée en , l'étude est menée dans soixante supermarchés de quatre régions de France et sur une période de dix semaines pour comparer le nutri-score, SENS, Nutri-Couleurs[48] et Nutri-repères (améliorant le système des « Repères nutritionnels journaliers », adopté par l'industrie agroalimentaire depuis plusieurs années)[49].
Les algorithmes utilisés pour le calcul de deux scores synthétiques (nutri-score et SENS) ont été validés par l’ANSES[49].
Deux études scientifiques publiées en 2018 confirment « le lien entre la consommation d’aliments gras, salés, sucrés et transformés et le risque de cancer ». Le professeur Serge Hercberg estime que l'étude montre la pertinence du nutri-score[55].
En 2020, une étude de chercheurs de l'Institut national de la recherche agronomique, du Conservatoire national des arts et métiers et de l'Université Sorbonne Paris Nord, en collaboration avec des chercheurs du Centre international de recherche sur le cancer, publiée par l'INSERM dans le British Medical Journal, montre que la consommation d'aliments moins bien classés est associée à une mortalité accrue. Portant sur plus de 500 000 personnes suivies entre 1992 et 2015, elle montre des résultats « significatifs après la prise en compte d’un grand nombre de facteurs sociodémographiques et liés au mode de vie »[56].
En 2008, l'agence note que d'un point de vue physiologique « une compensation entre nutriments qualifiants et disqualifiants sous-entendrait l’existence de phénomènes de compensation sur le plan physiologique, [...] ceci n'est pas prouvé sauf de façon très partielle, non quantitative et uniquement pour certains couples de nutriments »[57].
Selon l'association Test-Achats, qui est favorable au nutri-score[58], un point faible est qu'il ne tient pas compte de la présence d’additifs (édulcorants, colorants, conservateurs, etc.), ni de la taille des portions[59].
Pour répondre à cette limite du nutri-score, d'autres classifications ont été mises en place. C'est le cas par exemple des classifications internationales NOVA et SIGA, qui catégorisent les aliments selon leur degré de transformation industrielle.
Les mêmes groupes de l'industrie agroalimentaire qui s'opposent au nutri-score l'accusent de « stigmatiser » leurs produits[38]. Par exemple, les grands industriels du lait se sont associés dans un « Centre de recherches et d'informations nutritionnelles[60] », qui multiplie les conférences de presse pour discréditer les mesures de santé « contraires aux intérêts financiers du lobby du lait[61] ».
En juillet 2021, Philippe Palazzi, le président-directeur général de Lactalis, affirme que le nutri-score « propose une information théorique, qui ne restitue pas avec justesse la qualité » des produits Lactalis. Pour lui, le nutri-score « est calculé pour une quantité de 100 g. Or, si vous prenez 100 g de beurre ou de crème fraîche, ces produits récoltent la note E, la plus mauvaise, puisque les consommer reviendrait alors à ingurgiter une grande quantité de gras. [...] À l’inverse, certains sodas récoltent une note correcte, un B ou un C, mais, quand on boit une canette de 33 cl, on boit plus de trois fois 100 g[Information douteuse]. L’important est la quantité réelle absorbée[62] ».
Selon l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail, la pertinence nutritionnelle des systèmes d'information nutritionnelle analysés (Nutri-score compris) n'est pas démontrée. L'Anses conclut que « la mise en œuvre d'un SIN (système d'information nutritionnel) pertinent apparaît comme une mesure d'accompagnement, dans le continuum nécessaire entre actions d'éducation, d'information et d'encadrement réglementaire[63] ».