Le syndrome de Stockholm est un phénomène psychologique observé chez des otages ayant vécu durant une période prolongée avec leurs geôliers et qui ont développé une sorte d'empathie, de contagion émotionnelle vis-à-vis de ceux-ci, selon des mécanismes complexes d'identification et de survie.

Le terme « syndrome de Stockholm » doit son nom à l'analyse d'une prise d'otage ayant eu lieu à Stockholm en 1973 par le psychiatre Nils Bejerot.

Origine[modifier | modifier le code]

L'ancien bâtiment de la Kreditbanken à Stockholm en Suède.

Le , un évadé de prison, Jan Erik Olsson, tente de commettre un braquage dans l'agence de Kreditbanken du quartier de Norrmalmstorg à Stockholm, à une heure où la succursale vient d'ouvrir et n'a pas encore de clients. Lorsqu'il tire une rafale de mitraillette en l'air, des dizaines d'employés s'enfuient ou se jettent au sol. L'intervention des forces de l'ordre l'incite à se retrancher dans la banque où il relâche le personnel, ne prenant en otage que quatre personnes. Il demande aux négociateurs 3 millions de couronnes, des armes, un gilet pare-balles et un avion pour s'enfuir, et obtient la libération de son compagnon de cellule, Clark Olofsson, qui peut le rejoindre. Les deux hommes et leurs otages se retranchent dans la chambre forte de la banque. Curieusement, pendant les six jours de négociation, les employés font confiance à leurs ravisseurs et se méfient des forces de l'ordre. Le , un policier prend l'initiative de fermer la porte de la salle des coffres. Les six personnes sont prises au piège. Malgré le cloisonnement, otages et ravisseurs finissent par développer un sentiment mutuel d'estime et de sympathie. La police perce des trous dans le plafond de la chambre forte et fait usage de gaz anesthésiants, ce qui permet leur libération le . Les forces de l'ordre assistent à des scènes surréalistes au moment de cette libération. Les employés refusent d'être secourus mais Kristin, l'une des otages, sténographe dans la banque, exige tout de même que les deux criminels passent devant, de peur que les otages soient abattus par la police. Avant de sortir de la chambre forte, criminels et otages se prennent dans les bras et se disent au revoir chaleureusement. Après l'arrestation des criminels, les otages refusent de témoigner à charge, se cotisent pour assurer les frais de la défense des deux hommes et vont leur rendre visite en prison[1].

Sur les quatre otages, deux quitteront leur emploi par la suite, l'une devenant infirmière, l'autre assistante sociale. La prétendue relation amoureuse entre Jan Erik Olsson et Kristin Enmark n'est cependant qu'une légende urbaine[2].

Analyse du syndrome[modifier | modifier le code]

Trois critères :

Pour que ce syndrome puisse apparaître, trois conditions sont nécessaires[3] :

Le syndrome de Stockholm peut être vu comme une manifestation inconsciente de survie : le sujet concerné, en s'attirant la sympathie de l'agresseur, peut se croire partiellement hors du danger, voire susceptible d'influencer les émotions de l'agresseur. Si la pacification débouche sur une fraternisation, il peut même imaginer sauver sa vie. C'est en fait surtout de sa propre angoisse que le sujet se protège, car le danger est toujours réel : l'agresseur n'a pas lancé son action sans être prêt à toutes ses conséquences[citation nécessaire].

Le syndrome de Stockholm est un syndrome émergent psychotique comme on en observe parfois dans les situations extrêmes, y compris si le sujet n'a pas une personnalité psychotique.

Dans La Peur de la liberté[4], Erich Fromm énonce en 1940 les bases psychologiques causant ce syndrome, sans le nommer ainsi : il décrit la vénération de l'enfant envers un père despotique et autoritaire ainsi que son identification avec lui, comme un moyen d’échapper à l'angoisse que lui provoquerait la confrontation ainsi que pour éviter le sentiment de culpabilité que lui procurerait le fait de le haïr. Il décrit ce même phénomène dans la relation que le citoyen d'un régime despotique entretient avec le dictateur. L'amour ou la vénération deviennent ainsi des palliatifs qui résolvent « magiquement » toute la complexité conflictuelle de la situation. Ce même type de relation a été constaté chez certains « collabos » envers les forces d'occupation pendant la guerre.

Paul Roazen explique comment ce phénomène d'adoption de la pensée dominante et d'identification avec leurs représentants, peut se reproduire même dans un contexte démocratique, ou dans le sein d'une communauté dont le sujet n'a pas le courage de contredire les valeurs, ou par nécessité de reconnaissance de la communauté, adoptant le jargon, la tenue vestimentaire, etc. Ceci n'est pas le syndrome de Stockholm, mais relève des mêmes ressorts psychologiques énoncés par Erich Fromm[5].

Le terme Syndrome de Stockholm sera adopté après l'incident à Stockholm en 1973 pour désigner ce phénomène d'abandon de son identité par crainte de l'autorité. Entretemps, l'expérience de Milgram avait permis de la mettre en évidence expérimentalement.

Pour Saverio Tomasella, le syndrome de Stockholm ne découle pas seulement de la fragilisation de la personne prise en otage, « soulagée d'avoir échappé au pire, notamment à sa mise à mort », donc étrangement reconnaissante envers son agresseur, « il est la marque d'une effraction gravissime de l'intériorité de l'être humain qui a vécu, en direct et impuissant, le rapt de son identité subjective »[6].

Cette modalité psychique d'adaptation à toutes sortes de situations traumatiques a été abordée également par Janine Puget[7].

Le comportement, paradoxal et apparemment incompréhensible, des victimes dans le syndrome de Stockholm, qu'on retrouve notamment chez les victimes de prises d'otages, a également été décrit et analysé en 1978 par le psychiatre américain Frank Ochberg[8],[9].

Polémique[modifier | modifier le code]

Les faits survenus lors de la prise d'otage de 1973 auraient été relatés d'une manière biaisée par le psychiatre chargé de l'affaire, Nils Bejerot. La police aurait fait preuve d'un manque de maîtrise de l’évènement, rendant la situation plus dangereuse et instable qu'elle ne l'était déjà. C'est ce qui aurait amené les otages à craindre pour leur vie non pas à cause des preneurs d'otages, mais des forces de l'ordre. À la fin de la prise d'otage, les vives critiques émises par Kristin Enmark sur le comportement dangereux de la police et de Bejerot pendant les 6 jours de la prise d’otages ont alors été évaluées par ce dernier comme incohérentes, sous le prétexte d'un syndrome traumatique qu'il venait d'inventer. Cette évaluation psychiatrique étonnante le dédouanant ainsi de toutes critiques dans la gestion de l’événement. Durant sa captivité, Enmark avait demandé à parler avec Bejerot par radio. Il refusa. Enmark dira alors : « [La police] est en train de jouer avec nos vies. Et ils ne veulent même pas parler avec moi, qui suis celle qui va mourir si quelque chose se passe »[10].

Mécanismes sociologiques et psychologiques similaires[modifier | modifier le code]

Dans ces trois derniers cas, les individus battus ne se plaignent pas, n'osent pas résister ou dénoncer et, malgré des moments de doute, croient (devoir) éprouver de l'affection pour leur(s) tortionnaire(s), qu'ils idéalisent.

Culture[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

Films et séries[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Film traitant du syndrome de Stockholm.

Émissions de radio[modifier | modifier le code]

Autres[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Daniel Lang, Stockholm 73, Allia, , p. 7-24.
  2. (en) Paul Joseph, The SAGE Encyclopedia of War : Social Science Perspectives, SAGE Publications, , p. 1627-1628.
  3. (en) Ian K. McKenzie, « The Stockholm Syndrome Revisited: Hostages, Relationships, Prediction, Control and Psychological Science », Journal of police crisis negotiations, vol. 4, no 1,‎ , p. 5-21 (OCLC 450231529, DOI 10.1300/J173v04n01_02, résumé).
  4. Erich Fromm, La peur de la liberté.
  5. La place d'Erich Fromm aujourd'hui et sa Peur de la liberté, Paul Roazen, Le Coq-héron 2005/3 (no 182).
  6. Saverio Tomasella, La folie cachée, Albin Michel, 2015, p. 136.
  7. Janine Puget, L. Ricon, M. Vignar, et al., Violence d'état et psychanalyse, Dunod, coll. « Inconscient et culture », 1989 (ISBN 2-04-016983-0).
  8. « Il y a 30 ans, naissait le syndrome de Stockholm », sur L'Obs, (consulté le )
  9. (en-GB) « What is Stockholm syndrome? », BBC News,‎ (lire en ligne, consulté le )
  10. Jess Hill, See What You Made Me Do: Power, Control and Domestic Abuse, Black Inc, 2019 (ISBN 9781760641405). Extrait (en anglais)
  11. Sándor Ferenczi, Le Traumatisme, Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2006 (ISBN 2-228-90069-9) ; Id., Confusion des langues entre les adultes et les enfants (1932), Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2004, (ISBN 2-228-89918-6).
  12. J. Laplanche et J. B. Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse (1967), entrée : « Mécanismes de défenses », Paris, P.U.F., 1984, p. 234-237.
  13. (en) N. Kato, et al. Ptsd : Brain Mechanisms and Clinical Implications, Springer, 2006 (ISBN 4-431-29566-6), p. 149.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]