L'Union européenne renforce ses moyens face au terrorisme
LEMONDE.FR - 19.03.04 - 20h09 
Les ministres  de la justice et de l'intérieur européens  se sont réunis, vendredi 19 mars à Bruxelles, huit jours après les attentats de Madrid, qui ont fait 202 morts, et une semaine avant le Conseil européen des 25 et 26 mars, qui sera dominé par la question du terrorisme. 
Le mot d'ordre était clairement la concrétisation des engagements déjà pris dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001 plutôt que la création de nouvelles institutions comme une "CIA européenne" évoquée par certains pays.
"Ce que nous voulons éviter à toute force, c'est un nouveau volapük, une administration avec un titre ronflant mais qui ne produirait pas de résultat," a déclaré le ministre de l'intérieur français, Nicolas Sarkozy, lors d'une conférence de presse. "Nous ne voulons pas de nouvelles institutions. Nous voulons de l'action et (la mise en œuvre) des mesures qui ont déjà été décidées," a renchéri son homologue britannique, David Blunkett.
A l'arrivée, les  vingt-cinq pays européens de la future UE élargie ont, à la demande de Paris et Berlin, fixé un calendrier pour parvenir à leurs objectifs. Ils ont en outre ajouté quelques initiatives, comme l'anticipation de la "clause de solidarité" prévue dans le projet de Constitution adopté par la Convention européenne - mais pas par les gouvernements - en cas d'attaque terroriste.
La création d'un poste de coordinateur européen, un "M. ou Mme Terrorisme" selon la ministre de la justice belge, Laurette Onkelinx,  un haut fonctionnaire placé sous l'autorité du haut représentant pour la politique étrangère, Javier Solana, et donc des capitales européennes, a fait l'objet d'un consensus parmi les  vingt-cinq pays membres ou candidats à l'entrée dans l'UE.
Les ambassadeurs des Etats membres de l'UE avaient déjà apporté, jeudi, un soutien unanime à la proposition de nommer un "coordinateur" pour la coopération communautaire en matière de lutte antiterroriste. Cette idée avait été avancée avant les attentats de Madrid par M. Solana. Le premier ministre irlandais, Bertie Ahern, président en exercice du Conseil européen, l'a reprise à son compte depuis,  parmi la  dizaine de mesures qu'il souhaite faire adopter par ses pairs lors du sommet des 25 et 26 mars à Bruxelles.
Le travail du coordinateur consistera à insister auprès des Etats membres pour qu'ils tiennent leurs engagements sur plusieurs plans. Il s'assurera par exemple que les pays transposent dans leurs législations nationales les accords pris au niveau communautaire, comme le mandat d'arrêt européen ou une définition commune du terrorisme qui permettra de poursuivre les infractions de la même manière dans toute l'UE avant juin 2004.
L'Union européenne entend également "réactiver" la cellule antiterroriste d'Europol, l'organisme qui met en commun les renseignements policiers au niveau européen.
MÉFIANCE ENVERS UN TROP LARGE ÉCHANGE D'INFORMATIONS 
Les gouvernements s'engagent aussi sur Eurojust, réseau de coordination des magistrats chargés des enquêtes, qui n'est pratiquement pas utilisé par certains, et les équipes communes de policiers, qui ne sont pas encore entrées en action.
Le statut des victimes devrait également trouver une réponse commune  afin que les indemnisations soient équivalentes, quelle que soit leur nationalité, et plusieurs pays, dont la France, ont insisté pour que les visas et les passeports soient "sécurisés" dès 2005, notamment par le biais d'une photo numérique et l'intégration de données biométriques (empreintes digitales, iris de l'œil).
L'échange d'informations sensibles reste le point faible du dispositif, comme le démontre le peu d'intérêt accordé par les Etats membres au groupe antiterroriste créé en novembre 2001 et qui ne s'est pratiquement jamais réuni depuis. Le seul consensus sur ce point a été un accord de principe sur la création d'une cellule d'échange et de transmission d'informations entre les services spécialisés des Etats membres où les différents services - police, justice, renseignement - pourront comparer leurs informations afin de dresser un tableau de la menace en Europe.
"Le principe d'une instance opérationnelle d'échanges de renseignement a été acté par le Conseil", a déclaré M. Sarkozy lors d'une conférence de presse à l'issue de la réunion de Bruxelles. "L'idée est de mettre sur pied une structure d'échange et de transmission de renseignements la plus complète et la plus discrète" possible, a-t-il ajouté.
"Le lieu reste à définir", de même que "le niveau de compétence" des participants, a déclaré le ministre de l'intérieur français, "sans que ce soit une simple instance de plus". "Les uns voulaient la création d'une agence européenne, les autres ne voulaient pas de création du tout, certains voulaient que ce soit (dans) Europol, d'autres au Club de Berne", a rappelé M. Sarkozy.
La position française, a indiqué le ministre, est qu'"il ne sert à rien de multiplier les lieux et les institutions". Le fonctionnement exact de la cellule d'échange et de transmission de renseignements devra toutefois faire l'objet de propositions de M. Solana avant fin juin. L'échange d'informations généralisé parmi tous les Etats membres de l'Union européenne n'est cependant pas pour bientôt.
De manière très symbolique, le "G-5", qui comprend les ministres de l'intérieur français, allemand, espagnol, italien et britannique, s'est réuni à Bruxelles avant la rencontre avec leurs homologues de l'UE, comme pour démontrer une certaine réticence à partager des renseignements de manière très large.
"Le renseignement est la chose la plus difficile et la plus complexe à mettre en commun, a expliqué M. Sarkozy, parce que pour obtenir des renseignements, il faut protéger les sources", et que c'est "déjà difficile à l'intérieur d'un même pays". Les cinq "grands" pays, qui ont "les services de renseignement les plus importants et qui ont l'habitude de travailler ensemble" se méfient visiblement des rencontres qui réunissent  vingt-cinq pays et où le risque de fuite est important.
Le ministre français a estimé que les traditions politiques, les statuts, la qualité des renseignements et les moyens sont trop différents d'un pays à l'autre pour créer une agence européenne de renseignement, "une fausse bonne idée", selon lui.
C'est la raison pour laquelle  les chefs des services de renseignement du G-5 se retrouveront lundi à Madrid pour tirer les conséquences des attentats et, selon Nicolas Sarkozy, "défricher le terrain" pour toute l'Union européenne.
Avec AFP et Reuters 
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Les principales mesures européennes contre le terrorisme 
Voici les principales mesures adoptées vendredi à Bruxelles par les ministres  de l'intérieur et de la justice européens au cours de leur réunion extraordinaire, élargie à vingt-cinq, consacrée à la lutte antiterroriste, après les attentats du 11 mars à Madrid.
- Nomination d'un "M. Terrorisme" pour coordonner les actions au niveau communautaire dans ce domaine.
- Création d'une cellule d'échange et de transmission de renseignements entre les services spécialisés des Etats membres, pour laquelle le secrétaire général du Conseil, le haut représentant Javier Solana, est chargé de faire une proposition "dans les six mois". 
- Les Etats membres anticipent la "clause de solidarité" figurant dans le projet de Constitution européenne. Celle-ci prévoit qu'en cas d'attaque terroriste, les Etats membres se portent mutuellement assistance, y compris par des moyens militaires.
- Les Etats membres doivent, d'ici à juin 2004, transposer les décisions déjà adoptées au niveau européen, comme le mandat d'arrêt européen, qui n'est pas encore entré en vigueur dans cinq pays.
- La Commission doit présenter d'ici à décembre 2004 une proposition harmonisant le délai de conservation des données par les opérateurs de téléphonie et d'Internet.
- Le principe d'un renforcement de la sécurité des navires et des ports, comme cela a déjà été fait dans le transport aérien.
- La Commission doit faire d'ici à juin 2004 une proposition sur le partage des données personnelles des passagers aériens.
- La Commission doit faire, avant décembre 2004, une proposition sur l'échange d'informations des traces ADN et des empreintes digitales des personnes poursuivies dans les affaires de terrorisme, ainsi que sur la création d'un "registre européen" des personnes condamnées.
- Le statut des témoins et des repentis devra faire l'objet d'une autre proposition de la Commission.
- La date limite pour l'introduction de la biométrie dans les visas et les passeports est avancée d'un an, à fin 2005.
- Adoption d'ici  au 1er mai de la directive sur l'indemnisation minimale des victimes de la criminalité par les Etats, complétée par des fonds européens d'urgence pour celles du terrorisme.