Anamnèse
Femme de 53 ans à qui l'on a diagnostiqué un cancer du sein droit en 2005, pour lequel elle a subi une intervention chirurgicale ainsi qu'une chimiothérapie et une radiothérapie adjuvantes. En 2012, on lui a diagnostiqué un carcinome canalaire infiltrant (CCI) du sein gauche et elle a été traitée par chimiothérapie néoadjuvante, puis par chirurgie. Après l'intervention chirurgicale, un traitement adjuvant au létrozole a été mis en place.
La patiente a consulté pour l'apparition de lésions cutanées érythémateuses, squameuses et prurigineuses, principalement sur le tronc et les deux membres inférieurs, qui apparaissaient depuis 3 mois et s'aggravaient, ce qui l'a amenée à se rendre aux urgences.

Examen physique
Le patient était stable sur le plan hémodynamique. HR 97 bpm, BP 126/87 mm Hg, afebrile, sat. 100%. L'examen physique n'a révélé que la présence de lésions papuleuses prurigineuses et érythémateuses sur les zones d'extension des bras, de la poitrine, des fesses et des extrémités inférieures. Les lésions étaient croûteuses et présentaient des signes d'excoriation. Il n'y avait pas de cloques ou de vésicules. Il n'y a pas d'atteinte des muqueuses.

Examens complémentaires
Les examens de laboratoire et la radiographie pulmonaire n'ont révélé aucune anomalie significative. En outre, une biopsie de l'une des lésions cutanées a révélé une dermatite lymphocytaire avec des éosinophiles périvasculaires, ce qui pourrait correspondre à une réaction indésirable au médicament. Un scanner thoraco-abdominal (TA CT) a montré l'existence de ganglions lymphatiques axillaires droits et gauches connus, sans changement significatif par rapport au scanner précédent.

Diagnostic
Compte tenu des résultats obtenus, le cas est classé comme toxicodermie probable au létrozole.

Traitement
Un traitement à base d'antihistaminiques et de corticostéroïdes est mis en place et il est décidé d'arrêter le traitement au létrozole.

Evolution
La patiente consulte aux urgences pour une aggravation des lésions cutanées depuis le mois de novembre, soit une semaine après le début du traitement par létrozole. Compte tenu des lésions dermatologiques et des antécédents de la patiente, deux hypothèses ont été émises. D'une part, un syndrome paranéoplasique, qui semble moins probable du fait de la stabilité de la maladie néoplasique visualisée au scanner AT réalisé lors de l'admission. D'autre part, un diagnostic de toxicodermie au létrozole est proposé. Cette hypothèse semble plus probable étant donné les résultats de la biopsie cutanée montrant une dermatite lymphocytaire avec des éosinophiles périvasculaires, très évocatrice d'une réaction indésirable au médicament. Pour cette raison, il a été décidé de mettre fin au traitement au létrozole, car la relation de cause à effet des lésions soutient ce diagnostic : elles sont apparues en novembre, une semaine après le début du traitement au létrozole, et se sont progressivement résorbées lorsque le traitement a été interrompu.